Mostafa Annaka

Quand le nom est un handicap

On a beau se dire qu'on vit dans une société ouverte sur la différence et tolérante envers les minorités, la réalité semble toute autre sur le terrain de l'emploi. L'histoire de Mostafa Annaka, qui vient de se trouver un emploi à la hauteur de ses compétences ici, dans la région, vient nous rappeler que nous sommes peut-être un peu plus racistes que ce qu'on veut bien croire.
L'ingénieur électrique d'origine égyptienne a finalement trouvé un emploi comme chargé de projet chez Construction St-Arnaud, quatre ans après son arrivée au Québec. Dans son pays d'origine, il avait été ingénieur électrique pendant cinq ans.
Arrivé au Canada, il a vite appris le français, obtenu une reconnaissance de diplômes et fait tous les examens requis pour obtenir son permis d'ingénieur junior. L'envoi de son curriculum vitae à des employeurs potentiels n'a rien donné.
On ne le rappelait même pas pour des entrevues. Ou quand on le rappelait, ce n'était pas pour le questionner sur ses compétences ou ses aptitudes professionnelles, mais plutôt pour lui demander s'il était musulman ou s'il observait le ramadan.
Ça, c'est de la discrimination. Et au Québec, la discrimination fondée sur la religion, la race, la couleur, l'origine ethnique ou nationale est proscrite par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. 
Mais comme la preuve de la discrimination est souvent difficile à établir, de nombreux immigrants ne se donnent pas la peine d'entreprendre les recours qui s'offrent à eux. Et le biais discriminatoire à l'embauche demeure quelque chose que l'on tait, mais qui est toujours largement répandu.
La conséquence principale de cette pratique est de faire des immigrants des travailleurs surqualifiés pour l'emploi qu'ils occupent. Quand ils parviennent à s'en dénicher un, bien entendu.
Une étude récente démontrait que 63 % des immigrants montréalais ayant un diplôme étranger sont surqualifiés pour l'emploi qu'ils occupent. Ce que cela veut dire, c'est que des dentistes se retrouvent aides-cuisiniers dans des restaurants, des architectes se retrouvent préposés au stationnement, des comptables deviennent chauffeurs de taxi, des professeurs se retrouvent dans des centres d'appel. Des ingénieurs électriques se retrouvent préposés dans une cafétéria. Comme Mostafa Annaka avant qu'il trouve son emploi en Mauricie.
Pour beaucoup d'employeurs, le seul fait de lire un nom d'origine autre que celle des Québécois que l'on dit «de souche» entraîne le rejet de la candidature. Les raisons sont nombreuses.
Bon nombre de chercheurs d'emploi issus des communautés culturelles ont l'impression qu'on doute de la valeur de leurs diplômes et de leurs compétences. Des employeurs, sans l'admettre ouvertement, craignent que la barrière linguistique puisse entraîner des problèmes de communication à l'interne. D'autres craignent carrément que des tensions puissent survenir entre des employés confrontés à la présence d'une personne immigrante.
Les préjugés sont tenaces en matière d'employabilité des travailleurs étrangers. Et cela se reflète dans les statistiques. Entre 2006 et 2015, le taux de chômage moyen de la population née au Canada était de 5,8 %, alors que pour les immigrants reçus, il était de 11,2 %. C'est presque le double.
Si on veut vraiment s'attribuer l'étiquette de société ouverte, accueillante et facilitante pour les néo-Québécois, il faudra certainement qu'on modifie certains comportements.
Sinon, ça reste de la xénophobie pure et simple.