Quand des voix s’élèvent

ÉDITORIAL / Parcs Canada a décidé de prolonger la période de consultation concernant l’élaboration du plan directeur du lieu historique national des Forges-du-Saint-Maurice. Même si cette nouvelle révèle de sérieuses lacunes dans la transmission des informations concernant la démarche initiale, il faut saluer cette réaction de la part de l’organisme fédéral. Et il faut maintenant souhaiter que l’initiative en vaille le coup et qu’elle permette de faire entendre le cri du cœur maintes fois exprimé depuis quelques années.

Au cours des dernières semaines, plusieurs personnes ont – notamment dans ces pages d’Opinions – déploré le fait que la démarche initiale de consultation avait été très peu publicisée par Parcs Canada. Certaines d’entre elles réclamaient une prolongation de cette période de consultation, d’autres en profitaient pour appeler à la mobilisation.

Ces interventions ont porté fruit. Parcs Canada tiendra une journée de consultation le 20 juillet prochain à la Grande Maison et recevra d’ici là les commentaires des personnes intéressées.

Cette consultation – de même que la mise à jour du plan directeur dans son ensemble – constitue une étape essentielle pour que les Forges puissent retrouver un peu de leur lustre. Et pour que le site soit adéquatement entretenu et mis en valeur. C’est ce qui fait cruellement défaut depuis trop d’années déjà. Le plan d’action, c’est ce qui fournit, notamment, les orientations pour la protection des ressources culturelles et naturelles, l’expérience du visiteur, la diffusion externe et l’éducation du public.

Les seules sommes injectées dans le site, au cours des dernières années, ont été sur les immobilisations, pour des travaux nécessaires. Travaux qui auraient normalement dû être prévus dans les budgets d’entretien normaux et récurrents. Aux Forges, on n’a pas vu l’impact de ces maigres investissements sur la mise en valeur, l’animation, la bonification de l’expérience touristique.

La démarche de participation citoyenne, pour peu qu’elle soit adéquatement diffusée, devrait normalement être un signe précurseur d’une réelle volonté d’engagement de la part de Parcs Canada. À quoi bon solliciter l’opinion de la population et des organismes si c’est pour maintenir une impression d’agonie aux Forges?

Inévitablement, on peut se demander pourquoi – et surtout comment – d’autres lieux historiques nationaux semblent beaucoup plus vivants et animés. Il suffit de voir les budgets de publicité consacrés ces temps-ci au lieu historique national de la Grosse-Île-et-du-Mémorial-des-Irlandais, dans l’archipel de l’Isle-aux-Grues, pour voir le clivage qui existe avec d’autres sites sous la responsabilité de Parcs Canada, dont celui des Forges-du-Saint-Maurice.

Peut-être que des partenariats peuvent être envisagés. Peut-être qu’un mandat de gestion pourrait être confié, du moins partiellement, à la Ville ou à un autre organisme. Peut-être qu’il faut trouver des usages nouveaux et porteurs pour le site. Peut-être qu’il faut provoquer une collaboration avec d’autres attraits touristiques. Il y a plein de «peut-être». Et c’est justement ce dont il doit être question dans le présent processus de consultation.

Cela, par contre, ne sera possible que par un signal clair que Parcs Canada devra envoyer en donnant aux Forges les moyens de se refaire une beauté et d’avoir une animation digne de ce nom. À une époque où le financement est trop souvent basé sur la fréquentation, il faut bien que le site puisse travailler sur celle-ci. Si on écarte l’option de la gratuité de l’accès – pourtant, ç’a été une expérience prometteuse lors du centenaire de la Confédération –, on doit donner aux lieux historiques les moyens de se mettre adéquatement en valeur.

Le Canada a fait le choix de protéger des parcs, des lieux historiques, d’honorer des personnes, des événements. Il faut que tout cela soit pérenne. Et que le financement vienne en conséquence.

Ce serait déjà un bon début.