Quand ça fait notre affaire...

ÉDITORIAL — Les indices de bonheur et autres classements de villes ayant une bonne qualité de vie se suivent et ne se ressemblent pas. Le plus récent palmarès, publié dans le magazine L’Actualité, place Trois-Rivières dans le peloton de tête des villes québécoises où il fait bon vivre. C’est intéressant, même si un tel classement soulève toujours son lot de critiques.

Le palmarès des villes québécoises a été extrait par L’Actualité du classement national Best Communities in Canada 2019 réalisé par le magazine Maclean’s qui a mesuré la qualité de vie dans les municipalités de 10 000 habitants et plus partout au pays. Si Trois-Rivières se classe au cinquième rang parmi les villes du Québec, à l’échelle canadienne la ville dégringole au 67e rang.

Au Québec, il n’y a que Blainville, Sherbrooke, Mirabel et Deux-Montagnes qui font meilleure figure que Trois-Rivières. Shawinigan se trouve au 38e rang, alors que La Tuque occupe la 33e position. Sur la rive sud, Bécancour arrive au 22e rang québécois.

Plusieurs facteurs sont considérés pour établir un tel palmarès. Là où Trois-Rivières se démarque, c’est principalement en matière d’accessibilité, d’accès aux soins de santé et de commodités.

Par contre, ce que ce classement met en lumière, c’est surtout le faible pourcentage de Trifluviens qui, pour se rendre au travail, utilisent le transport actif – comme la marche ou le vélo – ou le transport collectif. Selon l’enquête initiale du Maclean’s, seulement 2,6 % des Trifluviens se rendent à pied au travail, alors que 0,5 % font cette distance à vélo. Et seulement 1,7 % des travailleurs trifluviens utilisent le transport collectif.

Au total, 4,8 % des travailleurs trifluviens n’utilisent donc pas une voiture pour aller travailler. À Sherbrooke, une ville comparable à Trois-Rivières en population, en étendue et en services municipaux, ce pourcentage est de 7,1 %. À Lévis, il est de 6,2 %. Même des villes comme Rouyn-Noranda (6,9 %), Victoriaville (5,1 %), Rimouski (5,4 %) et La Tuque (6,6 %) devancent Trois-Rivières à ce chapitre.

Si les moyens pour augmenter le transport actif sont limités, une ville peut certainement avoir un impact sur l’utilisation des transports en commun, notamment en déployant un service efficace et accessible. Trois-Rivières aurait certainement intérêt à déployer davantage d’efforts en ce sens et réclamer de Québec et d’Ottawa de l’aide additionnelle pour ce faire.

À l’opposé, on se doute bien que des facteurs comme le coût de la vie ou l’accès à la propriété ont joué en faveur de Trois-Rivières. Mais un faible coût de la vie cache aussi une réalité économique moins réjouissante. Le revenu moyen des ménages trifluviens est toujours parmi les plus bas au Québec, ce qui joue notamment sur le pouvoir d’achat et sur la capacité à économiser.

L’an dernier, un autre palmarès des villes canadiennes où il fait bon vivre, réalisé celui-là par MoneySense, plaçait Trois-Rivières au 240e rang à l’échelle canadienne. C’était une amélioration considérable comparativement à la 352e position de 2017. Mais cela révèle surtout que l’évaluation de facteurs liés à la qualité de vie peut parfois présenter des distorsions d’une année à l’autre ou d’une pondération à l’autre.

Il est toujours possible – mais hasardeux – de comparer des statistiques démographiques ou économiques d’une ville à l’autre. Mais il est certainement difficile, voire impossible, de mesurer – et surtout de comparer – les aspects intangibles d’une ville qui lui confèrent une personnalité et la rendent agréable. Et la notion de «ville où il fait bon vivre» est assurément variable selon que l’on est un couple, une famille, des retraités, des étudiants, des immigrants, des homosexuels, des personnes à mobilité réduite...

Mais pour toutes les fois où de tels classements ont été défavorables à Trois-Rivières ou à la région dans son ensemble, on peut bien se réjouir de se retrouver dans le peloton de tête. Quand ça fait notre affaire...