Des manifestants brandissaient le drapeau de la Catalogne lors d'une manifestation à Barcelone.

Prudence ou lâcheté?

L'art de la diplomatie est une discipline qui consiste bien souvent à marcher sur la pointe des pieds. Mais dans le dossier de la Catalogne, où le gouvernement central de Madrid tente par tous les moyens d'empêcher les électeurs catalans de se rendre aux urnes le 1er octobre, la timidité ou l'extrême prudence dans les réactions internationales, particulièrement au Québec et au Canada, a quelque chose de déplorable et d'inquiétant. On ne marche pas seulement sur la pointe des pieds; on marche sur des oeufs.
Les gestes posés cette semaine par le gouvernement espagnol nous replongent presque dans l'Espagne franquiste. Ils ne sont pas sans rappeler non plus les manoeuvres que des pays non démocratiques connaissent bien et utilisent sans vergogne.
Madrid, on peut l'observer, déploie un arsenal judiciaire et policier pour empêcher la tenue du référendum en Catalogne, la région la plus prospère d'Espagne. Le premier ministre Mariano Rajoy répète sans cesse que toute tentative en ce sens va à l'encontre de la constitution espagnole, ce qui évacue toute forme possible de droit à l'autodétermination pour le peuple catalan.
La situation actuelle en Catalogne, où l'intransigeance de Madrid s'est traduite par des mesures de répression, par des menaces envers des élus légitimement en poste, par l'arrestation de hauts dirigeants du gouvernement catalan, par la saisie de matériel électoral ou par la mise sous tutelle des finances de la région autonome, est préoccupante. Des États démocratiques comme le Québec et le Canada observent avec prudence ce qui se passe là-bas.
Les premiers ministres Philippe Couillard et Justin Trudeau redoublent de prudence et évitent de dénoncer ce qui se passe actuellement en Catalogne. C'est clair qu'il y a une multitude de subtilités qui font en sorte que le droit de tenir un référendum sur l'indépendance de la Catalogne est extrêmement complexe. Mais nous sommes ici devant une situation où des valeurs fondamentales comme la liberté d'expression et la démocratie sont bafouées. Et c'est exactement sur ça que nos premiers ministres devraient se prononcer. 
Justin Trudeau répétait, encore jeudi, qu'il ne voulait pas s'ingérer dans les affaires internes d'un pays étranger. Ça se comprend parfaitement. On déplorerait sans hésiter une prise de position de nos élus dans le débat référendaire catalan à proprement parler. 
Mais au-delà du respect de ce principe de non-ingérence, il est de leur devoir de plaider en faveur des principes et des valeurs qu'ils défendent et qu'ils incarnent eux-mêmes.
Les oppositions, tant à Québec qu'à Ottawa, se sont chargées de déplorer la mollesse de nos chefs de gouvernements à ce propos. Il est vrai que la ligne est mince. Que le Québec et le Canada ne veulent pas se mettre ni l'Espagne ni la Catalogne à dos. Philippe Couillard a joué la carte de la main tendue, invitant les deux gouvernements à s'entendre et offrant même son aide si une médiation devait être nécessaire.
Le chef péquiste Jean-François Lisée a rappelé à la ministre des Relations internationales du Québec, Christine St-Pierre, et au premier ministre Couillard l'importance «d'être pour la démocratie et contre la violence d'État». Évidemment, on comprend aussi qu'il éprouverait une grande satisfaction personnelle s'il devait voir un premier ministre libéral plaider haut et fort pour le respect du droit à l'autodétermination. 
Quant à Justin Trudeau, sa réaction d'excessive prudence diffère de la fermeté avec laquelle il a voulu rappeler à la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi qu'elle devait condamner publiquement les atrocités commises contre la minorité musulmane des Rohingyas, dans son propre pays, le Myanmar. Il lui a écrit pour lui dire à quel point les Canadiens sont «surpris, déçus et renversés par son silence persistant face à l'oppression brutale des Rohingyas».
Si ce n'est pas deux poids, deux mesures, on se demande bien ce que c'est.