Prudence et cohérence

ÉDITORIAL / Si Trois-Rivières se classe avantageusement dans le palmarès des villes où il fait bon vivre, on ne peut pas dire qu’il en va de même à l’intérieur du conseil municipal. La division, qui semble avoir survécu à l’élection d’un nouveau maire, est maintenant exacerbée par des décisions portant sur la pertinence d’appuyer financièrement des événements.

Le plus inquiétant, c’est que la prudence que prône une majorité de conseillers est vue comme de l’opposition systématique, comme une volonté d’empêcher le développement de la Ville. Alors que dans les faits, le refus d’accorder une aide financière d’urgence aux Aigles ou une subvention exceptionnelle à l’organisation du GP3R pour un événement de Rallycross hivernal repose davantage sur une volonté de voir clair dans le budget avant de donner des centaines de milliers de dollars ici et là.

Normalement, un tel comportement devrait être salué par les contribuables, qui confient à ces élus la gestion des sommes provenant de leurs taxes municipales. Mais ça ne fait pas l’unanimité. Il y a des inconditionnels des Aigles, des partisans et des bénévoles du GP3R ou des détracteurs inconditionnels du groupe de conseillers opposés qui croient que le conseil fait fausse route, que la Ville redeviendra la ville morose qu’elle a déjà été. On n’est pas loin de l’apocalypse.

Le dossier de la subvention à l’événement hivernal du GP3R avait tout pour déclencher les passions. L’organisation du Grand Prix tient à bout de bras un événement qui est encore un des fleurons de Trois-Rivières et de son rayonnement sur la scène nationale et internationale. Le fait de vouloir créer une course hivernale et de l’enrober dans une programmation festive est un projet compréhensible. Mais difficilement défendable dans sa forme et dans le contexte actuels.

L’argument de la cohérence face à la position adoptée par le conseil municipal trifluvien quant à l’urgence climatique n’est toutefois pas celui qu’il fallait privilégier pour justifier une opposition à l’aide financière. Essentiellement parce que l’événement hivernal aura quand même lieu et que les 100 000 $ demandés auraient servi à créer de l’animation pour redonner un grand rendez-vous hivernal à la population, un peu comme ce que faisaient les Nuits polaires jusqu’en 2018. Le financement récurrent du GP3R aurait été une cible plus appropriée sur le plan de la cohérence avec l’appui à la Déclaration d’urgence climatique.

La prudence du conseil quant aux considérations budgétaires à venir a beaucoup plus de poids. La Ville doit se questionner sur sa capacité financière de soutenir l’événementiel, surtout dans un contexte où les infrastructures ont besoin d’investissements et où les revenus se font rares. Le problème, c’est que lorsque des élus se positionnent en faveur de cette prudence et qu’ils plaident pour une réflexion plus large quant au soutien aux événements ou organismes, on a l’impression qu’ils déclenchent une guerre civile. Alors que dans les faits, ils ne font que remplir leur mandat.

Nous sommes certainement à une époque où un conseil municipal, quel qu’il soit, doit tenir compte des considérations environnementales dans les gestes qu’il pose et les choix qu’il fait. Mais il doit avant tout établir des priorités en fonction de la capacité financière de la ville ou de la municipalité dont il gère les deniers. Que des élus souhaitent se donner du temps et une perspective plus large avant d’autoriser des dépenses n’est certainement pas une mauvaise nouvelle en soi. Au contraire.

Dans le cas du Rallycross hivernal et des activités qui en découleront, il doit certainement y avoir moyen d’arrimer la volonté de la Ville de renouer avec un événement hivernal à la limitation des émissions de gaz à effet de serre et au respect de la capacité de payer. Suffit de se donner le temps de trouver la recette acceptable.

Et pour y arriver, il faudra ajouter deux autres ingrédients incontournables: une plus grande et plus franche volonté, chez les membres du conseil, de travailler ensemble et un leadership plus ouvert de la part du maire.