La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais.

Prometteur, mais coûteux

ÉDITORIAL / C’est un modèle de milieu de vie fort intéressant qui a été présenté, mardi, par la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais. En donnant suite, du moins partiellement, à un de ses engagements phares de la campagne électorale de 2018, le gouvernement Legault marque une volonté de repenser le modèle des infrastructures et des services offerts aux aînés en perte d’autonomie.

Les grandes réingénieries se font rares dans nos services publics et on peut dire que l’implantation de ces maisons des aînés constitue un virage majeur et une volonté d’améliorer le sort réservé aux personnes âgées en perte d’autonomie.

Le milieu de vie se retrouverait complètement transformé: l’architecture est résolument contemporaine, les chambres seraient toutes individuelles, climatisées, avec douche et toilette privées. On retrouverait des espaces réservés aux proches aidants qui pourraient même y passer la nuit. La fenestration est généreuse, l’aménagement extérieur comprend des aires de repos. Bref, rien de commun avec bon nombre de CHSLD austères actuels.

La ministre Blais a confirmé hier ce qui avait déjà été annoncé: le gouvernement créera 2600 nouvelles places dans ces maisons des aînés, et rénovera ou reconstruira 2500 places en centres d’hébergement et de soins de longue durée. Les maisons des aînés accueilleront des aînés en perte d’autonomie modérée qui seront accompagnés jusqu’à la perte d’autonomie majeure. Quant aux maisons alternatives, elles permettront d’accueillir une clientèle de moins de 65 ans ayant des besoins spécifiques. Les nouvelles places seront ouvertes d’ici 2022 mais on n’a pas encore de calendrier pour la rénovation et la reconstruction de quelque 25 bâtiments existants, désuets ou vétustes.

Le coût total de l’opération est évalué à plus de 2,6 milliards de dollars. C’est considérable. Mais faire un tel choix en ayant la volonté d’améliorer le milieu de vie des aînés ne peut être qu’applaudi. C’est un choix de société majeur et significatif. La façon dont on soigne et dont on traite nos aînés en dit long sur le respect que nous portons aux générations qui nous ont précédés.

On trouve actuellement 40 000 places en CHSLD au Québec. La liste de personnes en attente d’une de ces places compte 3154 noms selon la ministre Blais. La volonté de créer 2600 nouvelles places dans les maisons des aînés ne comblera pas ce manque, qui risque d’ailleurs de croître davantage, mais constitue un pas dans la bonne direction.

Le grand défi consistera à s’assurer qu’on puisse déployer un nombre suffisant d’employés et de préposés pour dispenser les services dans ces nouveaux établissements.

Il manque actuellement 32 000 préposés aux bénéficiaires au Québec actuellement et pour corriger cela, il sera impératif de rendre les conditions de travail plus attrayantes. Surtout les salaires. Le premier ministre Legault l’a heureusement évoqué mardi. Mais toute cette belle volonté risque de faire exploser les coûts associés à ce redéploiement des services.

Une telle opération est le résultat de presque deux décennies d’une idéologie politique basée sur l’équilibre budgétaire et sur l’austérité. L’opération annoncée par la ministre Blais vient corriger en partie un laisser-aller sur le plan des infrastructures et des services.

Parce que seulement 3 % des aînés se retrouvent en CHSLD, ce redéploiement de services laisse en plan d’autres catégories d’aînés, notamment ceux qui optent pour le maintien à domicile ou ceux qui se tournent vers les résidences privées pour aînés. Les enjeux financiers sont considérables. Il faudra aussi avoir une pensée pour eux.

Dans deux ans, une personne sur cinq au Québec aura plus de 65 ans. Et ce n’est pas la transformation des CHSLD en maisons des aînés d’ici vingt ans qui va régler tous les problèmes et combler tous les besoins. Mais au moins ça envoie un signal clair d’une volonté politique affirmée.