Problème de communication

ÉDITORIAL / Il y a de grands mystères dans le monde des communications politiques. Jeudi, Justin Trudeau a pris la peine de faire un arrêt à Trois-Rivières, dans cette dernière ligne droite de la campagne électorale, mais n’a pas été en mesure de fournir une réponse cohérente à l’action de son gouvernement en ce qui a trait au train à grande fréquence. Et ce que l’on retient de son point de presse? Qu’il refuse de se mouiller pour la réalisation du projet.

Peut-être que le chef libéral n’avait pas envie de prendre un engagement pour lequel il n’a encore aucune idée du niveau de réalisme. Mais il aurait été sage d’avoir une réponse qui n’aurait pas laissé une impression négative, surtout compte tenu des efforts récemment faits par son propre gouvernement dans ce dossier.

Si on résume, Justin Trudeau a soulevé des questions, jeudi lors de son arrêt à Trois-Rivières, sur les projets qui pourraient être coupés ou annulés advenant l’élection d’un gouvernement conservateur. «Est-ce que c’est le train à grande fréquence qui sera sacrifié? Est-ce que le financement qu’on a accordé au mois d’août pour l’aéroport de Trois-Rivières sera coupé?», a-t-il évoqué comme exemples.

Évidemment, on l’a questionné sur son propre engagement quant au projet de train à grande fréquence et sur la possibilité de voir celui-ci se concrétiser au cours du prochain mandat. Il a esquivé la question et répondu en faisant plutôt référence aux annonces déjà faites et plus particulièrement sur la mise en place d’un bureau de projet et d’un investissement de 71 millions $ de la Banque de l’infrastructure du Canada.

Là-dessus, il avait parfaitement raison. On peut reprocher au gouvernement libéral d’avoir fait traîner le projet de TGF en longueur, mais c’est tout de même ce gouvernement qui a donné le feu vert à un bureau de projet. C’est l’étape la plus significative jusqu’à maintenant.

On est cependant loin de l’engagement pris par le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, en juillet dernier, de mettre en branle le projet dans les 100 premiers jours de son mandat, si lui et son parti étaient portés au pouvoir. L’annonce pouvait sembler farfelue ou hautement électoraliste, mais elle a été reprise par les néo-démocrates au cours de la campagne, y compris par le candidat local dans Trois-Rivières, Robert Aubin.

Celui-ci avait indiqué, en entrevue éditoriale, que la stratégie des libéraux était de repousser la réalisation du projet en multipliant les études et les annonces, sans qu’il y ait de première pelletée de terre. Il avait ajouté que l’acceptabilité sociale d’un tel projet était acquise, ce qui aurait permis d’aller de l’avant, du moins dans le tronçon Montréal–Trois-Rivières–Québec.

On n’en demandait pas tant à Justin Trudeau. Cent jours, c’est probablement le temps qu’il faut pour déployer un chemin de fer au pays des licornes. Mais s’engager à rendre le projet plus concret dans un mandat de quatre ans, ça laisse quand même une bonne marge de manœuvre. Et ç’aurait été un message complètement différent.

Il aura fallu l’intervention du ministre sortant François-Philippe Champagne pour repositionner le message libéral. «On est en mode réalisation. On a des experts qui travaillent. Le message est que le train est sorti de la gare et le premier ministre le sait», a soutenu le candidat dans Saint-Maurice–Champlain.

Peut-être que le premier ministre le sait, mais il ne l’a pas dit. Cela aurait certainement résonné davantage auprès des électeurs qui n’ont pas encore fait leur choix.