Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies

Prière de s’abstenir

Yvon Deshaies est un petit futé. Sachant trop bien que son initiative allait éventuellement se heurter à la décision de la Cour suprême qui avait interdit à la Ville de Saguenay, en 2015, de réciter une prière au conseil de ville, le maire de Louiseville a plutôt décidé d’entonner les couplets à connotation religieuse de l’hymne national Ô Canada avant chaque assemblée citoyenne. Une façon détournée de préserver les traditionnelles pratiques religieuses dans la sphère publique tout en respectant le cadre légal en vigueur.

Le maire Deshaies a deux objectifs en tête. Fervent catholique, il aimerait bien garder vivantes les traditions qui font partie de l’histoire du Québec. À commencer par la prière et le crucifix. Mais surtout, en ressuscitant l’épineux dossier de la laïcité qui n’est politiquement toujours pas réglé, le coloré personnage veut dénoncer ce flou qui persiste quand la société québécoise se retrouve devant des situations où la religion s’invite dans l’espace public.

On se souviendra que c’est l’histoire d’une femme de confession musulmane qui voulait garder son foulard une fois devenue policière qui avait froissé le maire Deshaies. En fait, c’est plutôt la mollesse des réactions politiques qui l’avait mis hors de lui. Il ne lui en fallait pas plus pour songer à ramener la prière à l’hôtel de ville, question de faire ressortir cette politique du «deux poids, deux mesures» quand il est question de laïcité.

Sur le fond, Yvon Deshaies a raison. Il y a un flagrant manque de courage politique au Québec pour établir des balises claires et précises qui séparent l’État et la religion. Il est grand temps que les instances gouvernementales prennent leurs responsabilités et interdisent toute manifestation religieuse dans les lieux publics. Même chose pour les employés de l’État qui ne devraient pas afficher leur «orientation» religieuse au travail. Un point, c’est tout!

C’est cette passivité politique qui conduit à des événements comme ceux que vivent actuellement les citoyens de Louiseville. Mais au-delà de cette légitime frustration, une question se pose: revient-il vraiment au maire de Louiseville de prendre ce dossier à bout de bras et de mener ce combat? La réponse est non.

M. Deshaies s’appuie sur ses croyances personnelles pour justifier sa démarche. Plusieurs citoyens de Louiseville doivent penser comme lui, mais que fait-il de ceux qui voient la religion et les traditions qui s’y rattachent de façon différente? M. Deshaies est le maire de tous ses électeurs et il doit en tenir compte. En tentant d’imposer sa vision, il agit de la même façon que tous ceux des autres religions à qui il reproche de vouloir imposer la leur.

En plus, on l’a vu avec Hérouxville, ce genre de réaction fracassante fait beaucoup de bruit (M. Deshaies aime bien les projecteurs) mais devient rapidement caricaturée au détriment de la municipalité et de ses résidents. Louiseville a-t-elle vraiment besoin d’une image rétrograde alors qu’elle travaille pour attirer des entreprises? Dans la vie, il faut savoir choisir ses combats. D’ailleurs, n’y a-t-il pas d’autres dossiers municipaux qui mériteraient toute cette énergie?

Cela ne veut pas dire qu’Yvon Deshaies ne doit plus jamais aborder la question. Au contraire. Il y a sûrement une façon plus constructive de faire avancer le dossier au lieu de tomber dans le vaudeville et l’exagération. Dans une entrevue donnée au 106,9, M. Deshaies mentionnait que les maires des grandes villes évitaient de parler de laïcité tellement le dossier était délicat. C’est à lui de les interpeller. C’est à lui d’aller cogner aux portes des députés pour leur exiger un encadrement plus efficace. Acharné et rusé comme on le connaît, il devrait bien finir par se faire entendre sans devoir chanter Ô Canada à l’hôtel de ville.