La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly.

Presse écrite: allo, Ottawa?

La ministre de la Culture et des Communications du Québec, Marie Montpetit, avait choisi de venir à Trois-Rivières pour confirmer ce qui avait été annoncé lors de la présentation du budget 2018 de son collègue Carlos Leitão au sujet d’une aide gouvernementale pour la presse écrite. Au-delà des détails qu’elle a donnés, il y a une phrase que l’on retient et qui résume les propos d’à peu près tout le monde qui suit ce dossier de près: «Il va falloir que d’autres pas soient faits et que d’autres paliers gouvernementaux supportent la presse. Nous, c’est un premier pas. Je pense que le fédéral aura son rôle à jouer.»

Le fédéral, c’est le gouvernement libéral de Justin Trudeau. C’est surtout la déconcertante ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, insensible jusqu’à maintenant aux appels à l’aide lancés par tous les intervenants du secteur des médias écrits, partout au pays. En fait, on ne sait plus trop si c’est de l’insensibilité ou de l’aveuglement volontaire. De l’ignorance crasse, peut-être.

Le plan québécois pour venir en aide à la presse écrite est un bon point de départ, il n’y a pas de doute là-dessus. Et les détails dévoilés lundi envoient un signal clair. Le gouvernement du Québec vient d’assumer un leadership ouvrant la porte, de façon intelligente, à une aide gouvernementale pour les entreprises spécialisées dans la production et la diffusion d’information, sans que ce soutien compromette l’indépendance des salles de rédaction.

C’est un défi de taille que Québec est en train de relever. 

L’enveloppe gouvernementale totalise 36,4 millions $ et vise à soutenir la presse écrite nationale, régionale et communautaire sur une période de cinq ans. D’autres mesures pourraient suivre, notamment l’instauration de crédits d’impôt applicables sur la masse salariale des entreprises de cette sphère d’activité.

À ceux qui s’insurgent déjà devant des mesures d’aide gouvernementale destinées à des médias, on peut rappeler que le Québec et le Canada sont parmi les plus chiches en cette matière. La presse écrite reçoit ici l’équivalent de moins de 2 $ par habitant de la part des gouvernements. Aux États-Unis, cette aide atteint 6 $ par habitant. Au Royaume-Uni, on parle de 18 $. En France, 30 $. Et dans les fameux pays scandinaves, auxquels on aime souvent se comparer, l’aide gouvernementale atteint 36 $ en Suède, 58 $ en Norvège et, attention, 92 $ en Finlande.

Évidemment, les mesures annoncées par le gouvernement du Québec ne règlent pas tous les problèmes. Plusieurs joueurs se partageront cette aide répartie sur cinq ans. L’enveloppe visant à atténuer les frais exigés aux entreprises de presse pour la collecte sélective est loin d’être suffisante pour compenser une facture qui a augmenté de plus de 1000 % depuis 2006. Il y a d’autres exemples.

Mais au moins, le budget de mars dernier et l’annonce confirmée lundi démontrent que Québec comprend que la presse écrite traverse une crise majeure. Qu’il est ouvert à la discussion. Qu’il est sensible au fait que dans cette ère de fausses nouvelles et d’information tronquée et vampirisée par les géants du web, il est plus que jamais nécessaire d’avoir une presse forte pour maintenir l’équilibre de notre système démocratique.

Il y a aussi un tout autre volet de la crise: celui de la baisse des revenus publicitaires aux mains de géants du web comme Facebook et Google, qui siphonnent maintenant 82 % des revenus publicitaires canadiens. C’est là que le fédéral devrait intervenir, lui qui semble plutôt enclin à inventer des tapis rouges à dérouler devant les grands de Silicon Valley, comme on a pu le voir avec Netflix lors de la présentation de ce que la ministre Joly a osé appeler une politique culturelle.

Pendant ce temps, il y a ici une industrie en crise. Une crise qui a entraîné la disparition, entre 2006 et 2015, de 43 % des emplois dans les médias québécois.

Il faut être une bourrique pour ne pas la voir. 

Ou pour ne pas vouloir la voir.