La Villa du jardin fleuri de Trois-Rivières.

Prendre les aînés pour des meubles

Forcer des personnes âgées à quitter un milieu de vie où elles avaient déjà dû s'enraciner difficilement devrait être une mesure utilisée en tout dernier recours par les autorités de la santé et des services sociaux. Au-delà des critères et des grilles d'évaluation, c'est la considération humaine et les notions toutes simples de bonté et de bienveillance qui devraient primer.
Difficile de savoir si le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-Centre-du-Québec a pris la bonne décision en révoquant le certificat de conformité de la résidence pour personnes âgées La Villa du jardin fleuri. L'organisme, chargé d'accorder la certification des résidences pour personnes âgées, préfère ne pas divulguer ni aux propriétaires, ni au public, les motifs de la révocation du certificat de conformité.
Il semble que la résidence ne satisfait pas en totalité à quelque 78 critères d'évaluation. Les propriétaires de la Villa du jardin fleuri affirment qu'après avoir travaillé fort pour répondre aux exigences, qu'il n'en restait qu'un seul à remplir au moment où la décision est tombée. Une question d'assurance responsabilité, disent les propriétaires.
Les représentants du CIUSSS affirment de leur côté que la décision n'a pas été prise à la légère. On doit les croire sur parole, parce que dans les faits, il n'existe aucun moyen d'évaluer si cette assertion est fondée ou non. 
Dans un tel cas et devant le mutisme du CIUSSS, il n'est pas étonnant de voir le vent de sympathie souffler vers la résidence, ses propriétaires et sa soixantaine de résidents.
Le problème, dans ce cas-ci, c'est que la Villa du jardin fleuri a été le théâtre de deux incidents malheureux. Le CIUSSS avait ouvert une enquête en mars dernier à la suite du décès d'André Bourassa, un septuagénaire mort gelé après s'être embarré en plein hiver à l'extérieur de la résidence. En avril 2016, une autre résidente était décédée des suites de blessures survenues lors d'une chute, alors qu'elle aussi s'était retrouvée prise à l'extérieur de la résidence, car la porte était verrouillée de l'intérieur.
De tels événements entraînent certainement un suivi plus serré de la part du CIUSSS et c'est compréhensible. L'organisme a la responsabilité d'assurer la santé, la sécurité et la protection aux gens en résidences privées. Mais l'inexorable intervention du CIUSSS aurait-elle pu être évitée si on avait privilégié la piste de l'accompagnement ou si on avait prolongé cette démarche de suivi en collaboration avec les dirigeants de la résidence? 
Peut-être qu'on aurait pu, ainsi, éviter de causer un choc émotionnel et un stress aux résidents et aux membres de leurs familles. Le CIUSSS a beau fournir de l'aide et de l'accompagnement pour la relocalisation, on ne peut s'empêcher de penser qu'une énergie équivalente aurait dû être consacrée à aider les dirigeants de la résidence pour qu'on n'en arrive pas à une telle fatalité.
Pour l'instant, malgré la bonne volonté du CIUSSS de démontrer que les usagers sont au coeur de ses préoccupations, l'impression que ça laisse au sein de la population c'est qu'on prend les aînés en résidence privée pour des meubles qu'on peut déplacer allègrement. 
Ce n'est pas la première fois que l'intransigeance des autorités sanitaires entraîne la fermeture d'une résidence privée et le déplacement des résidents. Chaque fois, on assure que c'est pour le bien des aînés, pour leur sécurité et leur santé. Mais quand on entend des résidents touchés insister sur le fait qu'ils sont bien et qu'ils ne veulent pas déménager, on ne peut s'empêcher d'éprouver de la compassion envers ces hommes et ces femmes.
Souhaitons que le recours devant les tribunaux pour contester la révocation du certificat de conformité permette de voir plus clair dans les motifs du CIUSSS et permette aussi d'évaluer la bonne foi des propriétaires.
Ne perdons surtout pas de vue que derrière une telle décision, il y a une soixantaine de personnes qui ne méritent pas d'en être les victimes collatérales.