Prendre le temps de bien faire les choses

ÉDITORIAL / Après le fédéral, c’est au tour du provincial de se pencher sur la façon dont on va élargir l’accès à l’aide médicale à mourir pour faire suite à une décision de la Cour supérieure du Québec. Le critère de «fin de vie» utilisé initialement comme condition à remplir pour y avoir accès a été jugé inconstitutionnel et il faut maintenant revoir la législation en conséquence. Que Québec fasse marche arrière pour tenir une consultation plus poussée était certainement la bonne chose à faire.

En clair, puisque le gouvernement du Québec avait décidé de ne pas interjeter appel du jugement rendu dans l’affaire Gladu et Truchon, il faut maintenant préciser de quelle façon on balise la possibilité de se prévaloir de l’aide médicale à mourir pour les personnes souffrant de maladies dégénératives et incurables, mais dont le décès n’est pas imminent.

En début de semaine, Québec a tenu un forum national d’une journée sur l’évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie. Une seule journée pour un sujet aussi sensible, c’était loin d’être suffisant.

Après avoir jonglé avec l’idée d’inclure l’aide médicale à mourir pour les personnes atteintes de graves problèmes de santé mentale, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a annoncé que le gouvernement faisait marche arrière sur cette question. On suspend et on tiendra une autre consultation. Fort heureusement, d’ailleurs.

L’adoption de la loi initiale sur l’aide médicale à mourir s’est faite, au Québec, dans le respect et avec un large consensus. Les travaux de la commission parlementaire avaient été menés de façon non partisane et s’étaient échelonnés sur plus de deux semaines à la fin de 2013 et au début de 2014. Il faut dire qu’il y avait eu, dans les semaines qui précédaient, une douzaine de jours de consultations particulières. Le sujet méritait bien cela.

Il semble encore y avoir un consensus sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir. Mais il faut bien faire les choses.

La question de la maladie mentale est évidemment très délicate. Parce qu’avant de déterminer s’il peut s’agir d’un état justifiant le recours à l’aide médicale à mourir, il importera de bien définir ce qu’est la maladie mentale. Il est impératif que les personnes demandant l’aide médicale à mourir soient en mesure d’évaluer leur propre état et de donner un consentement éclairé.

En ce sens, les propos émis plus tôt cette semaine par la directrice générale de Carpe Diem, Nicole Poirier, sont très à propos. Elle dit voir d’un bon œil le fait qu’on tienne une nouvelle consultation mais invite les législateurs à prendre le temps nécessaire pour faire la réflexion qui s’impose. La date-butoir du 12 mars pour adapter les lois existantes impose tout de même une certaine contrainte.

La possibilité, pour des personnes recevant un diagnostic de maladie neurodégénérative, d’avoir recours à l’aide médicale à mourir en signant des directives anticipées est un bel exemple de question délicate sur laquelle il faudra se pencher. Il est vrai, comme l’indiquait Nicole Poirier, qu’il faudra nécessairement tenir compte de la réalité des personnes qui choisissent plutôt de continuer à vivre malgré la maladie. C’est un des aspects intéressants pour lesquels, justement, le temps de réflexion n’a pas été suffisant.

La ministre McCann a indiqué que son gouvernement allait prendre «autant de temps que nécessaire pour arriver à un consensus social». C’est assurément la voie à suivre pour un sujet aussi sensible.