Jean Boulet

Prendre le taureau par les cornes

ÉDITORIAL / Ce sont des outils essentiels qui ont été présentés, lundi, par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, pour atténuer les effets de la pénurie de main-d’œuvre. Et le fait d’y associer des moyens additionnels, à la hauteur de 55 millions de dollars, témoigne certainement de la volonté du gouvernement d’accompagner les employeurs et de faciliter l’intégration des immigrants au marché de l’emploi.

Le ministre Boulet, dans un premier temps, a confirmé un investissement de 33,9 millions $ pour bonifier le Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME) et le Programme d’intégration en emploi de personnes formées à l’étranger référées par un ordre professionnel (IPOP). En clair, cette bonification fait passer de 50 % à 70 % la portion du salaire brut pouvant faire l’objet d’une subvention accordée à l’employeur qui embauche une personne immigrante ou un membre d’une minorité visible.

C’est là une mesure qui trouve toute sa justification dans le contexte que l’on connaît. Dans plusieurs secteurs d’activité, les employeurs cherchent des travailleurs et certains d’entre eux sont parfois réticents à embaucher des travailleurs issus de l’immigration. Parfois par crainte de problèmes de communication, parfois par méconnaissance des compétences dans le pays d’origine de ces employés, parfois par une sorte de méfiance injustifiée.

Le fait de déployer des mesures incitatives peut convaincre des employeurs à se tourner plus spontanément vers cette main-d’œuvre. Il faut rappeler qu’en 2018, le taux de chômage chez les immigrants installés au Québec depuis moins de cinq ans était de 11 %, soit plus du double de celui des personnes nées au Québec.

Il y a là un bassin de travailleurs intéressant. Et c’est ce sur quoi travaille le ministre Boulet dans le cadre de sa «Grande corvée 2.0». L’exercice vise à favoriser l’intégration et le maintien en emploi des personnes provenant des groupes sous-représentés sur le marché du travail: travailleurs expérimentés, personnes handicapées, personnes autochtones et personnes issues de l’immigration. Déjà, plus d’un milliard de dollars ont été annoncés au cours des derniers mois en mesures de toutes sortes pour honorer les objectifs de cette Grande corvée.

En ajoutant un volet pour les travailleurs immigrants et y incluant des moyens musclés, le ministre Boulet et le gouvernement de la Coalition avenir Québec posent un geste non seulement pour les employeurs aux prises avec des problèmes de main-d’œuvre, mais aussi pour les immigrants qui, trop souvent, se retrouvent dans des situations où l’intégration est difficile. Le milieu de travail, c’est connu, est un des principaux endroits de socialisation et d’intégration pour les nouveaux arrivants. Mais l’accès à des emplois stables et à des milieux de travail stimulants est parfois limité. De telles mesures devraient permettre de faciliter le tout.

En plus des bonifications apportées aux programmes d’intégration, le gouvernement déploie quatre nouvelles mesures visant à favoriser le recrutement de travailleurs étrangers temporaires. Il est question d’une aide financière pour la participation d’employeurs à des missions de recrutement, d’une autre pour le recrutement international hors mission, d’une aide financière pour le déménagement des travailleurs recrutés et de l’extension de l’admissibilité des travailleurs étrangers et de leurs conjoints à l’ensemble de l’offre des services publics d’emploi.

Il faudra maintenant beaucoup d’audace et de combativité de la part des employeurs situés dans les régions pour se prévaloir de ces mesures et attirer les travailleurs immigrants. Il s’agit là non seulement d’un enjeu de main-d’œuvre mais aussi d’un enjeu démographique auquel sont confrontées plusieurs régions situées en dehors de la métropole et de la capitale.