Martin Francoeur

Pourquoi abolir les points de contrôle?

ÉDITORIAL / La levée de l’interdiction d’accès à certains territoires, dont celui de l’agglomération de La Tuque, est certainement une bonne nouvelle pour les propriétaires de chalets qui souhaitent se rendre à leur propriété. Il faut maintenant faire appel au bon jugement de ceux-ci, afin d’éviter une invasion soudaine, le 11 mai et dans les jours qui suivront. Le maintien des points de contrôle, ne serait-ce que pour faire un peu de prévention et pour donner des conseils aux personnes entrant sur le territoire, aurait été une bonne idée.

Depuis le 1er avril, l’agglomération de La Tuque faisait partie des régions ou des territoires sous-régionaux faisant l’objet d’une limitation d’accès en vertu d’un arrêté ministériel. Mercredi, la vice-première ministre Geneviève Guilbault a annoncé la levée progressive des barrages policiers à l’entrée des régions touchées. Dans le cas de la Haute-Mauricie, cela se fera le 11 mai prochain.

Le gouvernement insiste tout de même sur la nécessité d’éviter les déplacements superflus. La vice-première ministre a demandé aux citoyens d’éviter de se déplacer d’une région à l’autre si ce n’est pas essentiel.

Au cours des dernières semaines, de nombreux propriétaires de chalets piaffaient d’impatience pour se rendre à leur résidence secondaire. À La Tuque, on estime que ce sont plus de 85 % des quelque 4200 chalets qui sont la propriété de personnes venant de l’extérieur. On pouvait facilement comprendre la frustration de ces propriétaires saisonniers qui ne pouvaient pas avoir accès à leur chalet, pour lequel ils payent des taxes, pandémie ou non. Pour plusieurs d’entre eux, le printemps signifie le retour à leur résidence secondaire, la préparation du chalet pour l’été. Ou simplement la possibilité d’aller s’assurer que tout est intact, pas de vandalisme, pas d’infiltrations.

Avec la réouverture annoncée de la région, ils pourront le faire et il faut espérer qu’ils ne le feront pas tous en même temps. Il faut surtout que ces propriétaires, lorsqu’ils seront à leur chalet, respectent les règles toujours en vigueur concernant la distanciation. 


« Le retour au chalet ne doit pas être un synonyme de vacances ou de partys. »
Martin Francoeur

Les mesures de confinement à la maison et de distanciation physique demeurent en vigueur, doit-on le rappeler.

Il aurait certainement été intéressant de maintenir une présence policière à l’entrée des régions auxquelles on autorise de nouveau l’accès. Le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay, mentionnait avec pertinence que des postes de contrôle auraient pu être maintenus pour faire de la prévention et pour rappeler les règles. Il aurait pu, selon lui, y avoir une période de transition.

La question se pose: le fait de redonner accès aux régions visées par l’interdiction doit-il nécessairement signifier la fin des contrôles routiers? Si la Sûreté du Québec, qui de toute façon n’effectuait que des contrôles ponctuels, n’a pas les moyens de maintenir une présence, pourrait-on envisager que d’autres contrôleurs prennent le relais? Des employés municipaux, qui connaissent bien le territoire, pourraient très bien le faire. Ils ont une bonne connaissance du réseau routier et des risques associés à l’état des routes forestières, particulièrement en période de dégel.

Dans plusieurs cas, les barrages policiers ont été l’occasion de donner de l’information aux automobilistes qui n’étaient pas toujours au fait des raisons justifiant les limitations d’accès. Les agents en poste ont fait un travail axé bien plus sur la sensibilisation et la prévention que sur la répression. Il serait dommage de voir s’éteindre subitement une telle initiative.

Il reste encore une dizaine de jours avant de voir s’ouvrir les portes de la Haute-Mauricie. Il est certainement encore temps de prévoir une mesure de transition, une façon originale de faire circuler l’information en cette période d’urgence sanitaire. Il faut surtout maintenir les moyens qui permettront d’éviter une trop forte et trop soudaine pression sur les activités commerciales et d’éviter aussi une atteinte potentielle à la capacité d’accueil des services de santé locaux.