Pour mieux vider le centre-ville...

Ainsi donc, il y a actuellement un scénario d’augmentation des tarifs de stationnement au centre-ville de Trois-Rivières qui est à l’étude à l’hôtel de ville. Il n’y a pas de meilleur moyen, si on veut continuer à vider le centre-ville, que de donner suite à cette idée saugrenue.

Comment peut-on espérer convaincre les consommateurs de mettre le cap sur le centre-ville si on leur demande de toujours piger davantage dans leurs poches pour payer un stationnement? Un repas au restaurant, une coupe de cheveux, un rendez-vous chez un professionnel, une séance de magasinage: tout coûte déjà toujours plus cher au centre-ville en raison du stationnement.

Il n’est pas étonnant de voir les consommateurs regarder ailleurs. Et le faible achalandage des commerces du centre-ville fait en sorte que des boutiques ferment. Sur la rue des Forges, entre la rue Royale et le fleuve, une quinzaine de locaux situés au rez-de-chaussée, avec vitrines sur ce qui était jadis la principale artère commerciale de la ville, sont vacants.

La question du stationnement doit inévitablement se poser lorsqu’on se penche sur le centre-ville et sur ce qu’on veut en faire. Depuis quelques années, bon nombre d’enseignes ont quitté le cœur commercial de la ville. On se retrouve avec un centre-ville de bars, de cafés, de restaurants et de salons de coiffure. On parle de moins en moins de mixité commerciale et encore moins de commerce de proximité pour les résidents du centre-ville. Eux, on préfère souvent les oublier.

Pour l’instant, le scénario à l’étude par le conseil municipal concerne les heures d’application et les tarifs des parcomètres et horodateurs du centre-ville. On compte au centre-ville environ 800 espaces de stationnement sur rue, pour lesquels les utilisateurs doivent payer. Le scénario étudié serait appliqué uniquement lors de la haute saison et prévoirait que le tarif des parcomètres et horodateurs passe de 1,50 $ l’heure à 2 $ l’heure. Au stationnement Badeaux, il passerait de 2 $ l’heure à 2,50 $ l’heure. Les tarifs journaliers et mensuels seraient aussi majorés en conséquence.

L’autre «belle» trouvaille: on reviendrait à une tarification les jeudis et vendredis soirs et les samedis jusqu’à 21 h.

Ironiquement, on avait aboli cette tarification en 2014, après l’avoir appliquée pendant six ans. Le projet de revenir à la gratuité avait été suffisamment concluant pour le reconduire, même si cela privait la Ville de revenus estimés à 150 000 $ annuellement.

Le maire Yves Lévesque, à l’époque, avait dit que la Ville voulait «donner un peu d’oxygène à nos gens d’affaires». Que sont devenues ces belles intentions?

On dit que le problème à l’origine de ce brassage d’idées au conseil est celui de l’utilisation des espaces de stationnement du centre-ville par les employés eux-mêmes. Vraiment? Est-ce si généralisé? Il doit certainement exister d’autres moyens de contrer ce phénomène – s’il est bien réel – que d’imposer une hausse des tarifs à tout le monde. Il existe des systèmes de stationnements incitatifs, des vignettes, des disques horaires... il doit bien y avoir moyen de piger dans ces idées qui sont appliquées ailleurs.

C’est à se demander si la Ville ne cherche pas une façon de récupérer les sommes dont elle sera privée avec la suspension, par le gouvernement du Québec, de l’augmentation des amendes liées au stationnement. Il y a deux mois, le ministère des Transports revenait sur la disposition législative qui permettait aux villes de multiplier par trois le montant des contraventions.

À Trois-Rivières, au lieu de payer une cinquantaine de dollars au total pour une infraction liée au stationnement sur rue, un automobiliste fautif se retrouvait avec une contravention de 169 $. Heureusement, Québec a corrigé le tir et on revient à des amendes moins exorbitantes. Mais évidemment, cela créera un manque à gagner pour les villes qui doivent faire marche arrière.

Vraiment, il doit y avoir de meilleures idées qu’augmenter le tarif et les horaires des stationnements du centre-ville...