«Pour la cause»

C’est un épisode pour le moins houleux de la politique canadienne qui se termine avec la démission de Martine Ouellet en tant que chef du Bloc québécois. Il aura fallu un famélique vote de confiance de 32 % pour finalement pousser la tenace politicienne vers la porte de sortie. En fait, elle n’avait vraiment plus le choix.

Martine Ouellet s’est présentée devant la presse, lundi, à la fois aigrie et émotive. Martelant qu’elle était là «pour la cause» de l’indépendance et non pour le titre, elle a profité de sa tribune pour régler ses comptes avec l’ex-chef Gilles Duceppe et le président du Bloc québécois, Mario Beaulieu.

«Le principal obstacle à la réalisation de la république du Québec vient de l’interne», a sèchement lancé celle qui n’aura jamais voulu diluer son désir de faire de l’indépendance sa priorité à Ottawa. Un acharnement qui lui aura finalement coûté son poste et la confiance de ses membres.

On ne pourra jamais reprocher à Martine Ouellet de ne pas s’accrocher à ses convictions. La manière qu’elle les aura mises de l’avant ne l’a vraiment pas aidée à rassembler les gens derrière elle. Voilà une leçon qu’elle a à retenir si elle veut être un jour l’élément positif qu’elle peut potentiellement être pour l’indépendance du Québec. La passion, c’est une chose. Le leadership, c’en est une autre.

Il sera d’ailleurs intéressant de voir ce que va faire Mme Ouellet au cours des prochaines semaines. Députée indépendante de Vachon à la suite de son départ du Parti québécois, la politicienne a promis qu’elle allait continuer de se battre pour «la cause». Reste à voir sous quelle bannière on lui permettra de le faire.

À court terme, le départ de Martine Ouellet devrait mettre fin à la crise au Bloc québécois. À moins d’une grande surprise, la majorité des sept députés démissionnaires réintégrera les rangs du parti et tout ce beau monde essaiera de réparer les pots cassés avant les élections de 2019.

L’imminente course à la direction sera capitale pour le Bloc québécois. Le prochain chef aura tout un défi devant lui: redresser un parti déchiré, dont la pertinence sur la scène canadienne est de plus en plus remise en question, au moment où l’option souverainiste est à son plus bas niveau de popularité. Bonne chance.

En même temps, le contexte est idéal pour faire un profond examen de conscience. Faut-il aller à Ottawa pour faire l’indépendance à tout prix ou pour défendre les droits du Québec en attendant une hausse de la popularité du mouvement indépendantiste? Telle est la question… une question qui a eu la peau de Martine Ouellet.