La députée de Sherbrooke, Christine Labrie, a dévoilé de gênantes attaques cette semaine à l’Assemblée nationale.

Pour en finir avec les mon’oncles

ÉDITORIAL/ Le monde évolue. Et c’est tant mieux.

Le courage de Nathalie Simard a incité d’autres femmes à dénoncer leur agresseur. Des enfants violés par des membres de l’Église et des autochtones ayant subi les pires sévices ont trouvé, à travers les dénonciations de gens qui ont vécu la même chose qu’eux, le courage de réclamer justice et de faire changer les choses.

Au fil de cette évolution, on a aussi appris que les gestes et les paroles historiquement d’apparence anodine peuvent aussi causer de sévères préjudices aux personnes qui en sont victimes. On pense ici aux «jokes» de monon’cle, à la tape sur les fesses du boss aux mains trop longues et aux petites remarques qui sont finalement intimidantes, racistes, misogynes et homophobes.

Le monde évolue, mais c’est loin d’être parfait. Nous en avons d’ailleurs eu quelques exemples au cours des derniers jours.

«Maudite folle», «Ostie de plotte salle criminelle et corrompue», «Allez vous rhabiller ou suicidez-vous». Voici quelques exemples de messages reçus par cinq femmes du caucus de Québec Solidaire. C’est la députée de Sherbrooke, Christine Labrie, qui a dévoilé ces gênantes attaques cette semaine à l’Assemblée nationale alors qu’elle déposait une motion pour contrer cette violence en ligne. Presque 30 ans après la tuerie de Polytechnique, ces messages haineux dirigés contre des femmes en position d’autorité sont littéralement inacceptables.

Les auteurs de ces messages, cachés derrière de faux comptes, restent souvent impunis. Il est primordial que les géants des réseaux sociaux ainsi que les autorités policières et gouvernementales trouvent des moyens plus efficaces pour débusquer et punir sévèrement ces intimidateurs du web.

Et personne ne peut prétendre avoir le statut lui permettant de s’attaquer gratuitement à qui que ce soit. Pas même un humoriste et Mike Ward l’a appris cette semaine alors qu’il a perdu son appel dans l’affaire l’opposant à Jérémy Gabriel. La liberté d’expression est sacrée, mais il y a des limites à ne pas franchir quand il est question du respect de l’intégrité d’une personne. Il est rassurant de constater que la justice a l’intention d’être vigilante à ce chapitre.

Le viril monde du sport n’est pas plus justifié de laisser passer les commentaires et les actes intimidants. Est-il encore normal, en 2020, qu’un entraîneur de hockey traite un joueur de nègre ou qu’il en intimide un autre? La réponse est non. Pourtant, c’est ce qu’auraient vécu le joueur nigérien Akim Aliu avec Bill Peters ainsi que des porte-couleurs des Maple Leafs de Toronto sous la férule de Mike Babcock. Digne d’une autre époque!

Et n’allez surtout pas dire que ce n’est pas pareil, que c’est du sport, que c’est juste pour aller chercher le meilleur du joueur. Foutaise! Que ce soit dans la rue, à l’école, au travail ou sur une surface de jeu, certaines choses ne se disent et ne se font tout simplement pas. Des adultes qui n’ont pas encore compris cela en 2019 ne méritent plus de diriger un groupe d’individus. À une époque où toute la sensibilisation a été faite, les excuses ne tiennent plus. Un point c’est tout et bravo aux Flames de Calgary qui l’ont compris en se débarrassant de ce dinosaure du hockey qu’est Bill Peters.

Le pire, c’est de constater que ces propos sont encore entendus dans le hockey mineur. Des jeunes qui sont victimes d’intimidation concernant leur ethnie ou leur handicap, il y en a encore. Encore trop. Et pas mal plus près de chez vous que vous pouvez le penser. Mais, pour ne pas nuire à leur progression vers des niveaux plus élevés, ces jeunes intimidés n’en parlent pas. C’est triste.

Il faut donc continuer à dénoncer haut et fort les gestes intimidants et les paroles blessantes. Les dénonciations donnent non seulement à d’autres le courage de dénoncer, mais elles montrent surtout à nos jeunes le bon chemin à suivre… et nous permettront un jour d’en finir avec les mon’oncles.