Un camion a foncé dans la foule d'un marché de Noël à Berlin, le 19 décembre, et fait 12 morts et 48 blessés.

Plus moyen de fêter tranquille

L'horreur a encore frappé. Cette fois, c'est Berlin qui était visée. L'Allemagne, qui a ouvert ses bras et ses frontières aux réfugiés syriens et qui joue un rôle important dans la lutte contre le groupe armé État islamique, n'allait pas y échapper.
Et comme à Nice en juillet, comme à Paris en novembre 2015, comme à Orlando en juin, l'auteur ou les auteurs ont frappé en public, dans un endroit enveloppé d'une atmosphère festive ou désinvolte.
L'attentat au marché de Noël de Breitscheidplatz, en plein coeur de ce qui était Berlin-Ouest, est une copie conforme de celui de Nice, le soir des célébrations du 14 juillet.
Il y a tout lieu de croire que les deux sont motivés par une volonté de répondre à une «invitation» de Daesh selon laquelle des sympathisants peuvent perpétrer des attentats dans des lieux publics.
Ce qui est troublant, c'est que les terroristes frappent là où les coeurs sont à la fête.
Parce qu'il y a plus de monde. Parce que ça frappera l'imaginaire. Parce que ça fera les manchettes.
Et quelle est la conséquence directe de ces attentats commis là où à peu près personne ne s'en méfie? Ça crée de la peur. Et au-delà des mesures de sécurité qui se renforcent un peu partout, y compris de ce côté-ci de l'Atlantique, c'est dans l'esprit des gens que se cristallise cette crainte.
Soudainement, tout le monde ou presque se retrouve avec une arrière-pensée même si une bonne partie de ce monde se dit résolu à ne pas laisser la peur prendre le dessus.
Parlez-en aux hôteliers et aux restaurateurs parisiens qui ont vu cette année le nombre de touristes chuter de 6 % en 2016. Six pour cent, c'est 1,3 million de touristes de moins. La peur crée aussi un trou béant dans l'économie. Et c'est aussi ce que souhaitent les auteurs d'actes terroristes.
Un marché de Noël est normalement un lieu où on va flâner, où on va s'émerveiller. Où on va aussi pour se faire plaisir ou pour faire plaisir à quelqu'un. Combien s'y rendront maintenant avec le même état d'esprit léger et festif? Même le marché de Noël de Montréal vient d'ajouter des blocs de béton pour bloquer davantage l'accès aux véhicules. Comme si on voulait rappeler à tout le monde que ça peut arriver ici aussi.
Le problème, avec des attentats imprévisibles dans des endroits achalandés et dans une ville presque choisie au hasard, c'est que les pouvoirs politiques ne savent pas du tout quoi faire avec ça.
Assurément, les mesures prises en aval, notamment la prévention de la radicalisation et le resserrement des mesures de sécurité, constituent des outils essentiels.
Au-delà de cela, la réaction la moins appropriée serait de céder aux campagnes de peur que se font déjà un plaisir d'alimenter ceux qui tiennent un discours populiste, marqué par la peur de l'autre. Il suffit de regarder la triste récupération qu'ont faite certains leaders de droite pour constater qu'on ne cherche qu'à nourrir la colère et transformer un désarroi normal en haine de l'étranger.
Il importe de se tenir debout devant les propos démagogiques, les amalgames et les raccourcis d'argumentation qui tenteront de nous faire croire qu'il est normal d'associer les migrants au risque d'attaque terroriste.
Au fond, elle est peut-être là, la véritable guerre qu'on doit mener. Et contrairement aux guerres réservées aux soldats, celle-là nous concerne tous.