Le préposé aux bénéficiaires Yves Donaldson a écrit aux élus afin de dénoncer un système trop axé sur la bureaucratie.

Plus d'humanité, moins de paperasse

S'il y avait davantage de personnes comme Yves Donaldson pour dénoncer les façons de faire dans le réseau des centres d'hébergement et de soins de longue durée et réclamer au ministre une plus grande latitude, probablement qu'il y aurait davantage d'humanité dans les soins prodigués à nos aînés plus vulnérables.
On entend depuis quelques années déjà plusieurs plaidoyers pour l'amélioration des services en CHSLD: des bénéficiaires ou des membres de leur famille, des syndicats d'employés, des partis d'opposition. Mais quand quelqu'un «de l'interne» se donne la peine de dénoncer la bureaucratie et de réclamer plus de flexibilité pour que lui et ses collègues puissent mieux faire leur travail, ça résonne un peu plus fort.
Yves Donaldson est ce préposé aux bénéficiaires du CHSLD Roland-Leclerc de Trois-Rivières qui, récemment, a envoyé à plusieurs élus - dont le premier ministre Couillard et le ministre de la Santé Gaétan Barrette - une lettre dans laquelle il critique sévèrement plusieurs aspects du travail.
Ce n'est pas la première fois qu'il se lève pour critiquer haut et fort certains aspects du travail dans le système de santé. Il l'avait fait en 2004 pour dénoncer le manque de temps accordé aux professionnels pour faire leur travail auprès d'une clientèle en perte d'autonomie, conséquence des compressions budgétaires et des réorganisations dans le milieu de la santé.
Cette fois, il demande au gouvernement et aux instances responsables de la gestion des CHSLD de jeter un peu de lest dans la gestion des horaires et ainsi permettre aux préposés de mieux accomplir leur travail. Ce qu'Yves Donaldson souhaite, au fond, c'est que le facteur humain soit pris en considération dans l'organisation du travail. Actuellement, dit-il, c'est une véritable «chaîne de production» qui ne tient pas compte des réalités et des besoins propres à chacun des résidents.
La rigueur appliquée dans le temps consacré aux soins d'hygiène, mais aussi aux repas, au coucher, au réveil et aux tâches administratives vient carrément «saboter» son métier, insiste-t-il. Ce n'est pas peu dire.
L'homme voudrait qu'on s'adapte aux patients et aux particularités de leur mode de vie, de leurs habitudes, de leurs envies. Faut-il forcer un patient à se lever s'il souhaite dormir plus longtemps? La réponse humaine à cette question est «non», bien entendu. Mais la réponse bureaucratique semble être malheureusement «oui».
Ce questionnement n'est pas sans rappeler le triste épisode survenu dans la région de Québec, alors qu'on a décidé de couper les quelques boissons gazeuses qu'un petit groupe de neuf résidents d'un CHSLD s'offraient au souper. Oui, le CHSLD faisait un petit spécial pour eux. Parce qu'ils ont fait ça toute leur vie, parce que ça les rendait heureux. Et parce que c'était un des seuls plaisirs qui leur restaient dans la vie. Une directive a été envoyée aux établissements pour informer le personnel que les «petites liqueurs» n'allaient plus être offertes gratuitement aux résidents. Que ceux qui en voulaient allaient devoir trouver quelqu'un de leur entourage pour leur en apporter.
Cette décision avait suscité bon nombre de commentaires négatifs. À l'Assemblée nationale, l'opposition péquiste l'avait comparée à une forme de maltraitance envers les aînés.
Et quand on y pense, ce que dénonce Yves Donaldson, cette «surbureaucratisation» des soins en CHSLD, ça peut aussi constituer une forme de maltraitance. 
Faisons donc confiance au personnel en place un peu. Nos CHSLD ont besoin d'un peu plus d'humanité.