Plus de poids pour la région?

ÉDITORIAL / Après avoir perdu une circonscription provinciale lors du plus récent redécoupage de la carte électorale, voilà que la Mauricie pourrait, si le projet de réforme du mode de scrutin est adopté tel quel, retrouver le poids politique qu’elle avait, avec un total de cinq députés. Et le Centre-du-Québec pourrait lui aussi avoir une représentation supérieure à celle qu’il a présentement. Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

Le projet de loi établissant un nouveau mode de scrutin, présentement à l’étude en commission parlementaire à Québec, suscite autant d’intérêt que de controverse. Il faut se réjouir d’une chose: c’est une des premières fois dans l’histoire politique du Québec qu’un gouvernement va aussi loin dans la mise en application d’une promesse de réforme de scrutin. Reste à voir si tout cela se concrétisera un jour ou l’autre...

Les deux régions desservies par Le Nouvelliste auraient, en vertu de la représentation proposée, chacune trois députés dits «de circonscriptions» et deux députés dits «de région». Cette dernière catégorie découle directement de la volonté d’instaurer un mode de scrutin «mixte avec compensation nationale et distribution régionale».

C’est en tout cas ce qui ressort d’une simulation faite à partir de la population électorale du Québec telle qu’elle était à quelques semaines de l’élection générale de 2018. C’est le Secrétariat à l’accès à l’information et à la réforme des institutions démocratiques qui a réalisé cette estimation du nombre de sièges que chaque région administrative obtiendrait en vertu des règles proposées.

La Mauricie et le Centre-du-Québec ne seraient pas les seules régions à faire un gain de représentation. Ce serait aussi le cas pour l’Outaouais. À l’opposé, l’île de Montréal perdrait trois députés.

La représentation minimale est une des nouveautés associées au projet de réforme. Chaque région, peu importe sa population, aurait au minimum un siège de circonscription et un siège de région. Cette garantie de représentation vient éclipser la règle traditionnelle de la représentation en fonction du poids démographique, même si on ne constate pas, dans le modèle proposé, d’écarts démesurés.

En fait, le Centre-du-Québec et la Mauricie auraient, en proportion, une représentation supérieure à leur population électorale. Elles auraient chacune 4 % des députés alors que le nombre d’électeurs du Centre-du-Québec représente 3,1 % de celui de l’ensemble du Québec, tandis que celui de la Mauricie correspond à 3,5 % de la population électorale québécoise. Les écarts plus prononcés sont dans les régions densément peuplées – population supérieure en proportion au nombre de sièges – ou dans les régions éloignées – représentation supérieure au poids démographique.

Dans l’ensemble, le projet de loi tel que présenté donnerait aux régions un poids politique supérieur à celui qu’elles ont actuellement. Il ne faudra donc pas s’étonner de voir la répartition des sièges faire partie des sujets qui seront contestés au cours des prochaines semaines.

Il y aura certainement d’autres pommes de discorde dans ce projet de loi. Par exemple, la tenue ou non d’un référendum sur ce nouveau mode de scrutin divise déjà pas mal de monde. Et si référendum il devait y avoir, la grande question serait de savoir s’il se tiendrait simultanément ou non à la prochaine élection générale. Cela pose un enjeu de participation des élus dans un des camps référendaires; il serait étrange que des représentants du gouvernement ne puissent pas faire la promotion du nouveau mode de scrutin ou s’en porter à la défense dans un contexte référendaire.

Il y a présentement un beau projet sur la table qui aurait comme principal effet de réduire les distorsions entre les votes des électeurs et la composition de l’Assemblée nationale. Suffit maintenant de le bonifier et de faire en sorte que la population en saisisse bien les tenants et aboutissants.

Oui, c’est du travail, mais ça mérite d’être fait. Et bien fait.