Petit train ira loin, mais n’ira pas vite

ÉDITORIAL / L’image était frappante et elle résume bien l’annonce faite à Trois-Rivières mardi matin concernant le train à grande fréquence. Pour la prise de photo et d’images officielles après la conférence de presse, les invités se sont rendus sur le quai de la gare où une locomotive avait été déplacée pour l’occasion. Et pour marquer le coup, on a fait avancer la locomotive en question... d’une dizaine de mètres à peine.

Et pour ajouter à l’ironie de la situation, c’était une locomotive seule, sans wagons.

C’est à l’image de ce qu’on a voulu faire mardi. Une annonce qui a toutes les apparences d’une bonne nouvelle mais qui ne constitue, en fait, qu’une étape vers la concrétisation du dossier. Une annonce comme on aurait pu en faire des semblables au cours des dernières années.

Ce n’est surtout pas une annonce de mise en chantier. Qu’on se le tienne pour dit. Déjà mardi matin, plusieurs ont voulu voir dans cette annonce la réponse tant attendue du fédéral aux demandes concernant le projet de train à grande fréquence qui signifierait, on le sait, le retour d’un train de passagers à Trois-Rivières. Ce n’est pas demain la veille qu’on verra la gare de la rue Champflour reprendre vie dans sa vocation originale.

Même le communiqué des partenaires impliqués dans l’annonce de mardi était vague: «Le gouvernement du Canada prend des mesures pour approfondir l’examen de la proposition de VIA Rail concernant le train à grande fréquence dans le corridor Québec-Toronto». Approfondir l’examen de la proposition. On a l’impression que c’est ce qui se fait depuis quelques années déjà.

Le 27 février 2018, lors de la présentation du budget fédéral, le ministre des Finances Bill Morneau annonçait une somme de 8 millions $ sur trois ans pour «approfondir les études déjà menées» sur la desserte du corridor ferroviaire Québec-Toronto. Il y avait donc des études avant 2018.

Cette fois, on pousse un peu plus loin et on consacre un montant plus important encore. Mais ça reste des études de diligence raisonnable ou des vérifications nécessaires. La différence, c’est qu’elles peuvent constituer des étapes préalables à la faisabilité du projet: consultations environnementales, validation de l’acceptabilité sociale, consultations auprès des communautés, discussions pour l’acquisition de terrains, notamment.

On a l’impression que c’est sans fin. Mais ça avance. On passe des études théoriques à des études plus concrètes, à la mise en place, en quelque sorte, d’un bureau de projet. À ce chapitre, la participation, pour 55 millions $, de la Banque de l’infrastructure du Canada, est assurément un geste significatif.

Faut-il s’étonner que cette annonce survienne à quelques semaines de la campagne électorale fédérale? Non, évidemment. On voudra donner l’impression qu’on a entendu les demandes du milieu trifluvien et qu’on accorde aussi de l’importance au transport interurbain et non seulement aux grands dossiers de transport et d’infrastructures des grands centres.

Le choix de Trois-Rivières pour tenir cette annonce est certainement une bonne nouvelle en soi. Ça confirme le positionnement sur le trajet de la rive nord et l’arrêt obligé du train à grande fréquence à Trois-Rivières. L’autre bonne nouvelle, c’est le coup de cœur qu’ont eu les principaux intervenants – et particulièrement la présidente-directrice générale de VIA Rail – pour la gare de la rue Champflour. Plus que jamais, on semble reconnaître que c’est à cet endroit que doit s’arrêter le train en terre trifluvienne.

L’annonce de mardi est prometteuse mais elle laisse certainement des communautés entières et des passagers potentiels sur leur appétit. Le ministre Marc Garneau a indiqué que le gouvernement y allait avec prudence, puisqu’il s’agit d’un projet de plusieurs milliards de dollars. À peu près la même valeur, en fait, que le pipeline Trans Mountain, acquis par le fédéral il y a quelques mois pour 4,5 milliards $. Avec beaucoup moins d’études, de vérifications, de consultations, de prudence, doit-on le rappeler.