Petit aide-mémoire pour le maire

ÉDITORIAL / De plus en plus de signes indiquent que le maire de Trois-Rivières a, plus que jamais, la tête et les idées tournées vers Ottawa. Il affirme ouvertement qu’il souhaiterait être candidat lors de l’élection fédérale de 2019 et commence même à préparer le terrain pour celle qu’il aimerait voir lui succéder à la mairie. Quelqu’un peut-il le ramener sur terre?

La goutte d’eau qui fait déborder le vase de l’absurdité, c’est cette entrevue-fleuve que le maire a accordée à Alain Gaudet dans le cadre de son émission diffusée sur le web. Répondant à la question visant à savoir qui pourrait remplacer Yves Lévesque advenant une victoire à l’élection fédérale, le maire a franchi une limite en donnant tous les indices nécessaires pour comprendre que sa dauphine est autour de la table du conseil.

«C’est quelqu’un que j’aime bien, qui se démarque, qui apprend rapidement. Elle est capable d’avoir un jugement, elle a ce qu’il faut et est capable d’assimiler rapidement les dossiers et mobiliser les gens pour atteindre les résultats», a-t-il expliqué sans nommer la personne. Quelques minutes plus tard dans l’entrevue, il confirmait que c’était une femme. Et on avait déjà compris que c’est une nouvelle élue.

Il ne manquait donc que son nom. Et c’est évidemment de Valérie Renaud-Martin, conseillère du district des Carrefours, dont il s’agit.

Voilà un geste qui, de la part d’un maire en fonction, est non seulement maladroit mais surtout irrespectueux de la démocratie.

D’abord parce qu’Yves Lévesque manifeste de plus en plus d’intérêt pour un parti fédéral qui n’est pas au pouvoir. On pourrait facilement comprendre que les libéraux de Justin Trudeau soient agacés par le flirt auquel le maire de Trois-Rivières se livre auprès des conservateurs. Inévitablement, cela peut finir par avoir des incidences sur certains dossiers impliquant le gouvernement fédéral.

D’ailleurs, les deux dossiers que le maire qualifie de prioritaires et par lesquels il justifie sa volonté de se présenter au fédéral – le retour du train de passagers à Trois-Rivières et l’accréditation de l’aéroport pour permettre les vols commerciaux – sont des dossiers toujours actifs. Ça aussi, on doit le lui rappeler.

Deuxièmement, on peut se demander, comme le font certains conseillers, d’où vient cette soudaine manifestation d’admiration pour une conseillère élue depuis à peine six mois, qui avait auparavant pourfendu Yves Lévesque sur plusieurs dossiers notamment sur celui de la fluoration.

Troisièmement, l’appui à Valérie Renaud-Martin peut poser de sérieux problèmes d’inconfort au sein du conseil municipal, surtout s’il devait se trouver autour de la table d’autres aspirants potentiels à la mairie.

Enfin, s’il y a quelque chose qu’on devrait aussi rappeler à Yves Lévesque, c’est aussi certaines de ses déclarations concernant la possibilité d’être candidat à un autre niveau de gouvernement.

En mai 2017, il déclarait en entrevue qu’il n’était pas question, s’il devait être réélu en novembre dernier – ce qui a été le cas –, de faire le saut au provincial ou au fédéral, tant qu’il n’aurait pas terminé ce mandat de quatre ans comme maire.

«Je veux finir ce que j’ai commencé. Si je suis élu, je termine mon mandat. Je suis un homme respectueux et loyal. J’aurais pu quitter le bateau à n’importe quel moment», disait-il alors. Puis il en rajoutait, disant qu’il ne voudrait jamais obliger la tenue d’une partielle pour avoir quitté en cours de mandat: «Quand je m’engage, c’est pour quatre ans. Jamais que je vais faire en sorte d’occasionner une élection municipale. Je ne l’ai jamais fait et j’ai eu des occasions depuis que je suis maire. Mais j’ai un principe quand je m’engage dans un mandat, je le termine. J’ai mes valeurs et mes principes.»

Quelqu’un pourrait rappeler au maire que s’il se présente au fédéral et qu’il y est élu, il faudra une élection partielle à la mairie?

Quelqu’un pourrait rappeler au maire que lui et le conseil ont présentement le mandat de gérer la Ville?

Quelqu’un pourrait rappeler au maire ses «valeurs» et ses «principes»?