Pertinent mais maladroit

C’était inévitable. Le ballon lancé en novembre dernier par le premier ministre Philippe Couillard concernant un lien par monorail entre Montréal et Québec est rendu tellement gonflé qu’il vient porter ombrage au projet plus réaliste de train à grande fréquence de VIA Rail. Et il était temps que des intervenants intéressés par le développement du projet de TGF rappellent le premier ministre à l’ordre.

Le risque d’éparpillement est venu créer une interférence dont on se serait bien passé.

Mercredi, dans une lettre ouverte qu’ils ont co-signée et qui a été publiée dans ces pages et dans celles du quotidien Le Soleil, un député de la Coalition avenir Québec, les maires de Trois-Rivières et de Drummondville, ainsi que les présidents des chambres de commerce de ces deux agglomérations, exhortent le premier ministre de mettre de côté l’idée d’un lien par monorail et de privilégier le projet de TGF.

Ce dernier apparaît nettement plus avancé et plus réalisable à court ou moyen terme. Le développement du projet de monorail peut être un défi intéressant dans un horizon de quinze, vingt ou vingt-cinq ans, mais dans des délais plus réalistes, le TGF passant par la rive nord du Saint-Laurent est beaucoup plus pertinent.

Les gouvernements, doit-on le rappeler, ne se mettront pas à financer toutes sortes de projets: un train à grande fréquence dans le corridor nord, des études de faisabilité pour le monorail, un banc d’essai, des études de marché, etc. Il y a des situations où tout le monde doit tirer dans la même direction.

Le problème, s’il en est un, c’est que l’intervention concertée de la CAQ, des maires et des chambres de commerce est aussi pertinente que malhabile.

Pertinente parce qu’il est essentiel que des voix fortes s’élèvent pour défendre un projet qui traîne depuis des décennies, qui a été modifié, puis modifié, puis encore modifié. Un projet qui viendrait mettre fin à cette aberration que constitue l’absence de desserte ferroviaire à Trois-Rivières.

Malhabile parce que des maires et des chambres de commerce normalement apolitiques se sont associés à un parti politique. Les intentions de la CAQ sont probablement très nobles et l’appui des maires et des intervenants économiques est tout naturel envers le projet de TGF. Mais créer une association ponctuelle pour revendiquer la priorisation d’une idée plutôt qu’une autre vient certainement créer un malaise.

Déjà, on sent la confusion parmi les signataires: certains disent qu’ils ne savaient pas qu’un parti politique allait porter le dossier, d’autres estiment avoir été trompés quant aux cosignataires. Un tel cafouillage vient enlever du crédit à la démarche.

Du côté des maires, le fait de se coller à un parti qui a le vent dans les voiles dans les sondages crée aussi un malaise. Leur appui et leur signature peuvent passer pour du calcul politique maladroit.

Sur le fond, tout le monde a raison. Sur la forme, cette lettre apparaît comme un exercice d’improvisation un peu gauche.

Quoi qu’il en soit, il est utile de rappeler au premier ministre Philippe Couillard la nécessité de faire la différence entre appuyer un projet concret et vendre du rêve aux Québécois. Lui rappeler aussi qu’il est inutile et indigne d’un premier ministre de se montrer agacé par les questions des journalistes sur ce sujet comme il l’a fait mercredi. C’est lui-même qui est responsable de la confusion engendrée par ce lapin qu’il a sorti de son chapeau en novembre dernier.