Patate chaude ou panier de crabes?

Doter le Centre-du-Québec d’un centre intégré de santé et de services sociaux autonome et distinct de celui de la Mauricie est certainement un des engagements de la Coalition avenir Québec qui risque de provoquer bien des remous, tant sur le plan politique que sur le plan administratif. Et cela pourrait entraîner des conséquences qui dépassent le cadre sociosanitaire.

Même s’il y a encore loin de la coupe aux lèvres, le sujet de la scission du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec alimente les discussions ces jours-ci au sein même du caucus régional des députés de la CAQ. Une rencontre a eu lieu lundi entre les dirigeants du CIUSSS et les députés centricois et même si on en sait bien peu sur la teneur des discussions, on se doute bien que les députés de la CAQ sont déterminés à donner suite à l’engagement de leur parti et de leur chef François Legault.

On comprend la volonté des députés caquistes du sud de la région Centre-du-Québec – les circonscriptions de Drummond–Bois-Francs, Arthabaska et Johnson – de revendiquer un CIUSSS autonome. Pour Donald Martel, qui représente la partie septentrionale de la région – la circonscription de Nicolet-Bécancour –, c’est pas mal plus délicat.

Les affinités naturelles de Bécancour et de Nicolet avec Trois-Rivières sont plus nombreuses qu’avec Victoriaville ou Drummondville. Ce n’est pas nouveau.

Il faudra une bonne dose de courage politique pour donner suite à un tel engagement. Sur papier, c’est tout à fait légitime. Le Centre-du-Québec est la seule région à ne pas avoir un centre intégré de santé et de services sociaux autonome.

D’ailleurs, ce n’est certainement pas le seul domaine où le Centre-du-Québec n’est pas traité équitablement par rapport aux autres régions administratives du Québec. On pourrait même avancer sans trop se tromper que ce n’est pas une véritable région administrative, contrairement à ce qu’on souhaitait en 1997 lors de la scission de la région Mauricie–Bois-Francs.

À ce moment, on voulait donner plus d’autonomie à la région et décentraliser davantage certains services gouvernementaux. Aujourd’hui, la région se retrouve plus souvent qu’autrement rattachée à d’autres pour la desserte de services par différents ministères ou organismes. La région n’a même pas de véritable capitale régionale. C’est une région «sur papier», avance même le maire de Drummondville, Alexandre Cusson.

Lors de la création du Centre-du-Québec, on comptait 627 fonctionnaires provinciaux sur le territoire. Vingt ans plus tard, il en restait 607. Une baisse de 3 % alors qu’on souhaitait décentraliser davantage? Ça ne fait pas très sérieux. Dans la même période, le nombre de fonctionnaires provinciaux en poste à Trois-Rivières a crû de 1 % pour atteindre 1465. Le pire, c’est que la population des deux régions est comparable: 245 600 habitants pour le Centre-du-Québec et 263 600 pour la Mauricie. Rien ne justifie un tel écart dans la présence de l’État sur le territoire.

Pour la population du sud du Centre-du-Québec, il est normal de vouloir s’affranchir de la Mauricie et de rapatrier des pouvoirs. Victo et Drummond, c’est bien loin de Trois-Rivières et Shawinigan. Mais Bécancour et Nicolet, pas tant.

Au sud de l’autoroute 20, la volonté est forte d’obtenir l’autonomie promise depuis vingt ans et de se libérer du pouvoir centralisé à Trois-Rivières. Si la scission du CIUSSS apparaît possible, voire probable sur papier, elle devra nécessairement générer des ententes de partenariat pour certains services interrégionaux. Elle devra aussi se heurter à la résistance des élus de la Mauricie, qui n’y voient que perte de budget et d’influence.

À plus long terme, de tels débats pourraient même raviver le discours selon lequel la rive sud immédiate – Bécancour et Nicolet – puisse vouloir se rattacher à la Mauricie plutôt que de demeurer avec le Centre-du-Québec.

Et ça, c’est un scénario beaucoup plus complexe.