Le rendez-vous électoral est l’automne prochain, mais les libéraux se positionnent déjà pour couper l’herbe sous le pied des caquistes de François Legault en annonçant dès maintenant des baisses d’impôt aux particuliers et 110 millions $ pour la rentrée scolaire.

Pas le fruit du hasard

ÉDITORIAL / «Le contexte favorable dans lequel nous nous trouvons n’est pas le fruit du hasard». Carlos Leitaõ, le ministre de Finances ne peut mieux dire. Lorsque qu’un gouvernement qui a compressé les dépenses en santé et en éducation pendant des années est prêt à distribuer 100 $ non imposable pour chaque enfant d’âge scolaire qu’importe que ses parents gagnent 17,000 $, 45 000 $ ou 200 000 $ par année, on ne peut en effet, à un an des élections, parler de hasard. La marge de manœuvre budgétaire est devenue une marge de manœuvre électorale.

Bien sûr, personne ne rechignera à payer un peu moins d’impôt ou à recevoir un chèque pour diminuer la facture de la rentrée scolaire. Les augmentations salariales touchées ces dernières années sont si minces que le moindre ajout est bienvenu pour plusieurs.

Est-ce que le gouvernement libéral de Philippe Couillard augmentera sa cote de popularité de cette façon? Ce n’est pas garanti. L’indice de confiance des consommateurs peut être en hausse et les indicateurs économiques positifs, l’indice de confiance à l’égard du gouvernement peut continuer sa descente. C’est fort parfois, le besoin de changement des électeurs. 

Le ministre des Finances avait certes mardi de bonnes nouvelles à annoncer aux Québécois. Mais, lorsqu’il affirme qu’il ne regrette rien, il ne comble pas le déficit de sensibilité qui colle à son gouvernement.

Quand un Protecteur du citoyen a déjà fait le constat que les plus vulnérables de la société ont écopé de la rigueur budgétaire, et ce pendant que les médecins voyaient bonifier largement leur rémunération, l’absence de regret choque.

Les surplus accumulés et la redistribution qu’en fait le gouvernement Couillard laissent en effet un goût amer, un sentiment que l’atteinte du déficit zéro, certes souhaitable, a été précipitée pour permettre aux libéraux d’avoir les mains pleines et de distribuer des cadeaux électoraux dès 2017. 

Oubliez les chiffres sur l’assainissement des finances publiques, la bonne tenue de l’économie québécoise, le faible taux de chômage, la croissance, pour plusieurs, «l’austérité» continuera d’expliquer la baisse d’impôt et les réinvestissements annoncés mardi par Québec. Et il ne faut pas compter sur l’opposition pour dire le contraire. Le péquiste Nicolas Marceau parle de 4 milliards $ de souffrances. Rien de moins.

Si le ministre des Finances peut présenter un tel mini-budget avec rétroactivité, c’est parce que des citoyens n’ont pas eu — et n’auront pas — les services publics qu’exige leur état. Oui, Québec réinvestit 1,1 milliard $ sur six ans en santé, en éducation et en enseignement supérieur. 

Mais, étant donné les besoins criants dans certains domaines- qu’on pense notamment aux soins à domicile et le soutien aux enfants en difficultés d’apprentissage- et la faible croissance des dépenses imposées depuis 2014, on peine à croire que la qualité de vie des malades, des personnes âgées et des tout-petits sera améliorée et que les universités vont disposer des ressources nécessaires pour demeurer compétitives. 

Évidemment, le ministre des Finances assure que son cadre financier est robuste, qu’il est basé sur des prévisions économiques conservatrices. Peut-on parler pour autant d’un assainissement durable des finances publiques?

Le rendez-vous électoral est l’automne prochain, mais les libéraux se positionnent déjà pour couper l’herbe sous le pied des caquistes de François Legault en annonçant dès maintenant des baisses d’impôt aux particuliers et 110 millions $ pour la rentrée scolaire. Les entreprises réclameront aussi des mesures fortes dans le prochain budget. Certaines auraient d’ailleurs besoin d’un coup de pouce pour accroître leur productivité. 

La surenchère électorale risque donc de créer une pression sur les finances publiques. Encore une fois.