Martin Francoeur
Le président des États-Unis, Donald Trump.
Le président des États-Unis, Donald Trump.

Pas grand-chose à célébrer...

ÉDITORIAL/ Quatre juillet. Jour de l’Indépendance chez nos voisins du sud. Normalement, c’est une grande journée de célébrations au cours de laquelle les familles se réunissent, les résidents des villes, des villages ou des quartiers se rassemblent autour de festivités à grand déploiement. Rien de cela n’aura lieu cette année. Les États-Unis n’ont pas grand-chose à célébrer.

Il y aurait peut-être eu lieu de se réjouir des données encourageantes sur le plan économique, alors qu’on annonçait cette semaine qu’il s’était créé en juin aux États-Unis un nombre record d’emplois. La réouverture de plusieurs commerces et entreprises vient remettre au travail des millions de citoyens qui étaient au chômage en raison de la pandémie de COVID-19. Les quelque 4,8 millions d’emplois créés – ou retrouvés – constituent un record depuis 1939, année où on a commencé à tenir des statistiques sur l’emploi.

C’est un nombre plus élevé que ce qu’envisageaient les économistes. Mais le rebond de l’emploi qu’on observe depuis le mois de mai est loin de compenser les pertes de quelque 20,8 millions d’emplois en raison de la crise du coronavirus.

À première vue, les données sur l’emploi – et conséquemment sur la consommation et le revenu des ménages – sont encourageantes. Il n’en fallait pas plus pour que le président Donald Trump vienne au micro de la Maison-Blanche, jeudi, pour s’en féliciter. Mais la reprise est fragile et les autocongratulations doivent être de courte durée.

Parce que ce qu’on retient davantage, ces jours-ci, c’est l’incapacité de ce pays et de ses habitants à contrôler la propagation de la COVID-19. Le nombre de nouveaux cas dépasse les 50 000 par jour depuis jeudi, un sommet depuis le début de la pandémie. Le nombre total de cas dépasse les 2,8 millions, tandis que le nombre de décès avoisine les 130 000. La Floride et les États du Sud, particulièrement, enregistrent des explosions du nombre de cas, à un tel point que plusieurs administrations font marche arrière dans le processus de déconfinement. Des États ont même ordonné de nouvelles fermetures pour les bars et les restaurants, ce qui pourrait bien plomber les reluisantes statistiques économiques claironnées par le président lui-même.

Pire encore, le docteur Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des maladies infectieuses, a indiqué récemment que le nombre de nouveaux cas chaque jour pourrait atteindre la centaine de milliers au rythme où vont les choses.

De telles alarmes ne semblent toujours pas émouvoir le président, qui renonce encore à porter un masque dans ses apparitions publiques, ne serait-ce que pour donner l’exemple. Son entourage immédiat le presse pourtant de le faire.

Mais ce n’est pas si étonnant. Sur le plan politique, la crise est gérée de façon lamentable, sauf dans quelques villes ou quelques États où les dirigeants suivent les recommandations des spécialistes de la santé publique. Mais quand on voit le nombre d’États-Uniens qui contestent les recommandations sanitaires, qui refusent de porter un masque et qui plaident pour une réouverture complète des commerces et lieux de divertissement, on ne peut que se désoler devant tant d’individualisme malsain.

Donald Trump a choisi de se rendre au mont Rushmore, vendredi, pour lancer les célébrations du 4 juillet. Mais lui non plus ne doit pas avoir le cœur à la fête. À quatre mois de l’élection présidentielle, il tire de l’arrière dans les sondages, parfois par plus de dix points face à son adversaire démocrate Joe Biden. Même des États rouges comme la Géorgie et le Texas pourraient voter démocrate.

Ajoutons à cela les coups de taloche successifs qu’il s’est fait donner par la Cour suprême dans des dossiers comme celui des Dreamers ou celui de l’avortement, la possibilité de plus en plus manifeste de voir le Sénat basculer du côté démocrate, le fiasco de son récent rassemblement à Tulsa, les révélations-chocs du livre de John Bolton... Trump n’a décidément rien à fêter.