Sur les armoiries de Trois-Rivières, les trois poissons - des corégones - symbolisent les trois rivières, mais sont aussi le totem des premiers occupants des lieux, des Indiens atikamekw.

Par respect pour les Premières Nations

Maintenant que Montréal a décidé de poser des gestes de réconciliation avec les Premières Nations, peut-on s'attendre à ce que de telles initiatives trouvent des échos ici? À bien des égards, la région est déjà plus avancée en ce qui a trait à la place qu'on accorde aux peuples autochtones dans la toponymie. Mais il y a encore du chemin à faire.
Est-ce que Trois-Rivières devrait, par exemple, imiter Montréal et éliminer le général Amherst de sa toponymie? La rue Amherst, dans le quartier Saint-Sacrement, a été ainsi nommée en l'honneur d'un général britannique qui est notamment passé à l'histoire pour avoir donné des couvertures infestées de variole aux autochtones au dix-huitième siècle.
Réagissant à l'annonce faite mercredi par le maire Denis Coderre, le mouvement Impératif français a salué cette initiative. Le président de l'organisme se demande maintenant ce que feront les autres villes québécoises qui ont aussi réservé une place à Jeffrey Amherst dans leur toponymie. Impératif français mène depuis longtemps cette bataille visant à éliminer du paysage toponymique ces hommages à des «criminels de guerre».
Évidemment, tout le débat entourant la révision historique de certains toponymes soulève les passions. Où doit-on tracer la limite entre ce qui est acceptable sur le plan de la commémoration et ce qui ne l'est pas? 
Pour certains historiens, le révisionnisme n'est tout simplement pas souhaitable parce que même les noms les plus infâmes peuvent être utiles pour apprendre ou pour mieux comprendre notre histoire. Denis Vaugeois, historien et ancien député de Trois-Rivières à l'Assemblée nationale, disait d'ailleurs que les noms de lieux, avant d'être des hommages, sont de formidables outils d'apprentissage de l'histoire.
D'autres estiment toutefois que des noms de personnes ayant commis des crimes - de guerre ou autres -, des actes de trahison, ou qui ont épousé des idées extrémistes, ne méritent pas de se retrouver dans la toponymie. 
Le débat demeure souvent émotif. Mais la tendance à la pacification de la toponymie ou de la commémoration historique est bien réelle. Le récent mouvement de déboulonnage de statues de héros sudistes, aux États-Unis, en est un bel exemple. 
Si la réconciliation avec les Premières Nations peut passer par la toponymie, cela pourrait aussi vouloir dire de faire une plus grande place à des toponymes d'origine autochtone. Dans la région, des noms comme Shawinigan, Batiscan, Yamachiche ou Maskinongé, ont une place de choix.
Mais il serait sans doute possible de faire encore mieux. Quand le nom de Capitanal avait été donné à l'édifice gouvernemental situé à l'angle des rues Laviolette et Notre-Dame Centre, un geste significatif en ce sens avait été posé.
Enfin, Montréal a choisi d'inclure les Premières Nations dans son drapeau et sur ses armoiries en ajoutant le pin blanc aux symboles végétaux des Français, des Anglais, des Écossais et des Irlandais.
Chez nous, la reconnaissance de l'apport des Premières Nations dans les symboles héraldiques est chose faite. Sur les armoiries de Trois-Rivières, les trois poissons - des corégones - symbolisent les trois rivières, mais sont aussi le totem des premiers occupants des lieux, des Indiens atikamekw. À Shawinigan, les armoiries - non orthodoxes sur le plan héraldique - accordent la place centrale à un personnage amérindien, devant les chutes qui ont permis la naissance de la ville.
Il s'agit de symboles forts, mais discrets. Il est temps, ici aussi, de faire une plus grande place aux Premières Nations.