Les fusions municipales ont laissé des traces jusque sur nos routes.

Pancartes déroutantes

Des citoyens de Saint-Jean-des-Piles aimeraient bien voir le nom de leur secteur retrouver ses lettres de noblesse sur les panneaux de signalisation autoroutière. Ce n'est pas la première fois que des résidents s'insurgent contre les principes qui guident l'affichage des toponymes sur les panneaux d'autoroute, principes qui apparaissent de plus en plus mystérieux.
Les fusions municipales, on le sait, ont laissé des traces jusque sur nos routes. Des noms d'anciennes municipalités devenues des secteurs de villes plus grandes ont complètement disparu du paysage autoroutier. Plus moyen de savoir que vous pouvez sortir à Pointe-du-Lac ou à Sainte-Marthe-du-Cap si vous êtes sur l'autoroute 40. Vous sortez sur la rue Notre-Dame Ouest ou sur la rue des Prairies.
À Shawinigan, on a fait disparaître des panneaux de l'autoroute 55 les noms des secteurs de Saint-Gérard-des-Laurentides, de Shawinigan-Sud et de Saint-Jean-des-Piles. Il subsiste des traces du secteur Grand-Mère sur certains panneaux, sans qu'on sache trop pourquoi. Il y a fort à parier que leurs jours sont comptés.
C'est comme ça à peu près partout. Il y a des endroits où on semble mettre plus de temps à remplacer des panneaux désuets, mais plus question de désigner une bretelle de sortie par un nom de municipalité qui n'existe plus. On privilégie alors le numéro de la route ainsi desservie, de même que le toponyme de l'artère à laquelle on accède. D'où les sorties pour la «rue Notre-Dame Ouest», la «rue Trudel» ou le «chemin du Parc-National».
Il y a quelques années, quelques citoyens avaient dénoncé cette façon de faire, notamment par le biais de lettres d'opinion dans ces pages. On alléguait alors que cette opération, même si elle pouvait trouver une certaine justification dans la cohésion toponymique, constituait un pied de nez à l'histoire. Il faudra plus qu'une fusion municipale pour faire disparaître les habitudes de monsieur et madame Tout-le-Monde, qui n'hésitent pas à parler encore de Pointe-du-Lac ou de Saint-Jean-des-Piles, comme on parle encore de Jonquière ou de Lennoxville.
Dans les années qui ont suivi les fusions, le ministère des Transports était assez cohérent dans sa démarche, moralement et historiquement contestable.
Même que des municipalités n'ont pas tardé à réclamer une présence sur les panneaux, considérant les principes établis par le ministère. En 2002, quelques mois à peine après la création des villes de Trois-Rivières et de Shawinigan, la Municipalité de Notre-Dame-du-Mont-Carmel avait adopté une résolution réclamant d'être identifiée sur le panneau de la sortie 203 de l'autoroute 40. Puisque le toponyme de Saint-Louis-de-France, qui correspondait à la prochaine municipalité desservie par la route 157, devait disparaître, les élus de Notre-Dame-du-Mont-Carmel étaient pleinement justifiés dans leur démarche, même si ça faisait un peu vautour. 
Le problème, c'est que les principes de signalisation semblent être à géométrie variable selon les époques où ont eu lieu les regroupements municipaux. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les sorties de l'autoroute 55 au sud du fleuve Saint-Laurent pour voir que les toponymes des anciens villages de Saint-Angèle et de Saint-Grégoire, notamment, sont toujours présents malgré le fait qu'on se trouve sur le territoire de la ville de Bécancour, constituée en 1965.
Pourquoi les résidents de ces secteurs auraient-ils droit à une mention sur des panneaux alors que ceux de Saint-Jean-des-Piles risquent fort de se heurter à une fin de non-recevoir pour un traitement semblable? Si on élargit un peu la question, on peut se demander pourquoi faut-il absolument considérer le statut municipal pour justifier une mention sur les panneaux de signalisation? La popularité dans l'usage pourrait être un principe à considérer également. Il y a des lieux-dits qui, même s'ils n'ont pas de statut de municipalité ou même s'ils sont englobés dans une autre, ont un plus grand pouvoir d'attraction et de référence.
On devrait penser un peu à ça. Parce que présentement, la logique des panneaux est un peu... déroutante.