Oui, ces tweets étaient racistes

ÉDITORIAL / Le président des États-Unis, Donald Trump, est descendu ces derniers jours à un niveau probablement plus bas que celui de toutes les autres bassesses, inepties ou insultes qu’il a pu formuler depuis le début de sa présidence. Il a beau s’en défendre, mais les tweets dans lesquels il recommandait à quatre élues démocrates progressistes issues de minorités de retourner dans leur pays, sont bel et bien racistes.

Dimanche, Donald Trump avait, via Twitter, visé quatre élues du Congrès, sans toutefois les nommer précisément, en leur conseillant de «retourner dans ces endroits totalement défaillants et infestés par la criminalité dont elles viennent». Les élues en question, associées à l’aile gauche du Parti démocrate, sont Alexandria Ocasio-Cortez, de New York, Ilhan Omar, du Minnesota, Ayanna Pressley, du Massachusetts, et Rashida Tlaib, du Michigan. Il est ici utile de rappeler que trois d’entre elles sont nées aux États-Unis.

Normalement, de tels propos auraient dû entraîner des excuses, comme cela se fait souvent. Des excuses du genre: «mes propos ont dépassé ma pensée» ou, au pire, «mes propos ont été mal interprétés», avec une explication. Au lieu de cela, Donald Trump en a rajouté en accusant ces élues de haïr l’Amérique. Selon lui, ces tweets n’étaient pas racistes et il affirmait, dur comme fer, qu’il n’y avait «pas une once de racisme» en lui.

L’épisode n’est pas sans rappeler celui où le même président avait déclaré que les États-Unis devraient attirer davantage d’immigrants de pays comme la Norvège plutôt que des «trous à merde» de l’Afrique ou de l’Amérique latine. Les propos, ici aussi, sont empreints d’un profond dédain envers les immigrants provenant de pays disons non occidentaux.

Peut-être le président Trump voulait-il détourner l’attention du sort réservé ces jours-ci aux opérations visant les migrants à la frontière? Peut-être voulait-il consolider ses appuis auprès d’une partie de l’électorat qui est plus réfractaire à l’immigration? Peut-être voulait-il réaffirmer un patriotisme aux effluves xénophobes?

Parce que c’est bien de cela qu’il est question. Quels sont ces États ou ces peuples auxquels il fait référence dans ses critiques? Est-ce que les citoyens états-uniens nés à l’étranger doivent être jugés sur leur pays d’origine plutôt que sur leurs actions et leur contribution à leur pays actuel? À la rigueur, cela soulève aussi la question: est-ce que, aux yeux de Donald Trump, les citoyens issus des minorités ethniques, même s’ils sont nés aux États-Unis, ne sont pas des «vrais» Américains?

Un président, un chef d’État, un premier ministre, ne peuvent tenir de tels propos. Qui plus est, ces personnes qu’il vise ont été dûment élues par des majorités d’électeurs dans leur district respectif. Lui doit plutôt remercier les règles du collège électoral à la présidence parce qu’il ne peut pas en dire autant.

Cet épisode de racisme superficiel et ignorant a rapidement été condamné par les élues visées, de même que par une flopée d’élus démocrates, y compris, bien évidemment, par les candidats à l’investiture en vue de l’élection présidentielle de 2020. Il a aussi été condamné par quelques timides voix républicaines, alors que tout élu de ce parti aurait dû se dissocier des propos du président. On a plutôt eu droit, jusqu’à maintenant du moins, à un silence navrant.

Les élus doivent réaliser, au-delà de l’appartenance politique, que les récents propos ne sont pas ceux d’un citoyen ordinaire. Ce sont ceux de Donald Trump, le président des États-Unis, qui s’exprime au nom de cette nation et qui doit, normalement, en refléter les valeurs et les idéaux. Quelqu’un, au sein du Parti républicain, doit le lui rappeler. Parce que quand des démocrates le font, il les accuse de vouloir se faire du capital politique.

Jamais un président américain n’a été aussi ouvertement raciste. S’il est à ce point convaincu que cela peut plaire à sa base électorale, il y a alors un sacré problème avec tout un pan de la population du pays.