On compterait à Trois-Rivières 1140 anglophones de plus qu'en 2011.

Où sont les 1500 nouveaux anglos ?

Si on se fie aux données de Statistique Canada provenant du recensement de 2016, on compterait à Trois-Rivières 1140 anglophones de plus qu'en 2011. À Shawinigan, on compterait 365 personnes de plus qui utilisent l'anglais comme langue principale à la maison. La question soulevée par un chercheur spécialisé sur les questions d'immigration et de langues officielles au Canada est pertinente: ces données sont-elles fiables?
Jack Jedwad, vice-président exécutif de l'Association d'études canadiennes et de l'Institut canadien pour les identités et la migration, met en doute les augmentations spectaculaires de l'utilisation de l'anglais dans les régions du Québec, notamment. À Trois-Rivières, c'est une augmentation de 69 % en cinq ans. À Shawinigan, c'est un bond de 75 %. Dans certaines régions pourtant très francophones, les hausses sont supérieures à 100 %. C'est le cas de Rimouski (+ 164 %), Saguenay (+ 115 %) et Drummondville (+ 110 %), entre autres.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est étonnant.
En entrevue sur les ondes de RDI jeudi, Jack Jedwad indiquait que «s'il y avait eu à Trois-Rivières une vague si importante d'anglophones, ça aurait certainement fait l'objet d'un reportage dans Le Nouvelliste». Et ça n'a pas été le cas. On n'a pas assisté à une arrivée massive de personnes qui ne s'expriment qu'en anglais à la maison. 
De tels chiffres ne correspondent pas à ce qu'observent les écoles anglophones, habituellement bien placées pour témoigner des variations importantes de leur clientèle. On ne sent pas non plus une plus grande présence d'anglophones dans la région, malgré le fait que des employeurs importants comme CGI ou l'Agence du revenu du Canada recrutent depuis quelques années des candidats bilingues.
Où sont donc ces 1505 nouvelles personnes qui, dans les agglomérations de Trois-Rivières et de Shawinigan, utilisent l'anglais comme langue au foyer?
Difficile d'attribuer cela à l'immigration ou à l'accueil récent de réfugiés. D'abord parce que la région n'en a pas accueilli tant que ça. Et selon des données du ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, moins de 3 % des immigrants sont de langue maternelle anglaise.
Les nouveaux arrivants ont généralement une langue maternelle autre que le français et l'anglais, ce qui les classe dans une catégorie distincte dans les données du recensement. En 2016, la région métropolitaine de recensement de Trois-Rivières comptait 3450 personnes pour qui la langue parlée à la maison n'était ni le français ni l'anglais. À Shawinigan, ils sont 415. Encore là, il s'agit d'augmentations importantes - 30,4 % pour Trois-Rivières et 51 % pour Shawinigan - par rapport aux chiffres de 2011.
Difficile aussi d'attribuer cette variation aux versions précédentes des recensements et aux changements apportés par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Les questions sur la langue étaient obligatoires malgré le fait qu'on avait abandonné le questionnaire long pour le recensement.
Se pourrait-il que les données soient tout simplement erronées? En tout cas, Jack Jedwad a alerté Statistique Canada et a demandé au Statisticien en chef qu'une enquête formelle ait lieu sur cette portion des données du recensement de 2016. Il est impératif, selon lui, d'envoyer des enquêteurs dans une série de villes du Québec, pour contre-vérifier les résultats du recensement. Statistique Canada dit prendre très au sérieux l'exactitude et la qualité des données et entend donner suite aux questions soulevées par le chercheur.
En matière de langues maternelles ou de langues d'usage, il est essentiel d'avoir des données fidèles, fiables et rigoureuses, notamment en raison de l'impact que ces chiffres ont sur l'établissement de politiques et de programmes, sur l'attribution de subventions ou sur les niveaux de services offerts dans les deux langues.
On a déjà hâte de voir les conclusions de la vérification à laquelle procédera Statistique Canada. Parce que pour l'instant, le mystère demeure entier.