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Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Après avoir incité mercredi matin les manifestants à marcher jusqu’au Capitole, après leur avoir dit presque tendrement de rentrer chez eux tout en ajoutant qu’il les aimait et les trouvait «très spéciaux», après avoir répété qu’il considérait que l’élection de novembre était une vaste fraude, que l’élection a été volée, voilà qu’il a changé son fusil d’épaule.
Après avoir incité mercredi matin les manifestants à marcher jusqu’au Capitole, après leur avoir dit presque tendrement de rentrer chez eux tout en ajoutant qu’il les aimait et les trouvait «très spéciaux», après avoir répété qu’il considérait que l’élection de novembre était une vaste fraude, que l’élection a été volée, voilà qu’il a changé son fusil d’épaule.

Onze jours... ou peut-être moins

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ÉDITORIAL / Il ne reste officiellement que onze jours à la présidence de Donald Trump. Mais avec les appels à la démission et la menace d’une procédure de destitution, on se demande déjà s’il se rendra jusqu’à la fin. Une seule chose semble certaine: le 20 janvier prochain, Joe Biden se verra confier la présidence d’un pays fissuré idéologiquement et blessé démocratiquement.

Mais au-delà du fait d’identifier Trump comme responsable de cette déroute, il faudra aussi une réflexion sur ce qui, peut-être dans le système d’éducation et certainement dans la façon de faire de la politique, n’a pas fonctionné pour que des milliers, voire des millions de citoyens le soutiennent inconditionnellement et continuent de croire dur comme fer aux mensonges et aux réalités alternatives du président sortant.

La présidence de Donald Trump, même si elle est sur ses derniers milles, vacille. Si le scénario du recours au 25e amendement semble peu probable pour l’écarter de sa fonction, celui de la destitution est toujours bien vivant. Une ébauche du texte devant servir de justification à cette deuxième procédure d’impeachment circulait déjà vendredi. Et la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, réaffirmait la volonté de lancer cette nouvelle procédure dès lundi.

Mais tout évolue rapidement dans ce pays encore secoué par les événements de mercredi au Capitole.

Ce qu’on observe, c’est que Donald Trump est de plus en plus isolé. Des collaborateurs de première ligne quittent le navire, ne peuvent plus moralement accepter d’être associés à l’individu. Et de plus en plus de voix se font entendre, y compris chez les élus républicains, pour blâmer le président et réclamer son départ.

Il ne le fera pas de son propre chef. Le plus loin qu’il pouvait aller, il l’a fait jeudi soir, dans une vidéo déposée sur Twitter. Après avoir incité mercredi matin les manifestants à marcher jusqu’au Capitole, après leur avoir dit presque tendrement de rentrer chez eux tout en ajoutant qu’il les aimait et les trouvait «très spéciaux», après avoir répété qu’il considérait que l’élection de novembre était une vaste fraude, que l’élection a été volée, voilà qu’il a changé son fusil d’épaule.

Dans une volte-face spectaculaire, digne de la conversion de saint Paul sur le chemin de Damas, Donald Trump a reconnu qu’il y aurait une nouvelle administration le 20 janvier prochain et qu’il allait s’engager dans une transition harmonieuse. Mais jamais il n’a mentionné le nom de Joe Biden ni même concédé la victoire.

C’est ce qu’il aurait dû faire. En des termes plus clairs. Sans équivoque. Parce que dans sa forme actuelle, l’acte de demi-contrition ou de demi-concession ne supplante pas la colère laissée par l’insurrection de mercredi. Il ne réfrène pas les ambitions d’éviction chez ses opposants. Il ne freine pas non plus les ardeurs de ses plus farouches partisans.

Ce qu’il a fait, c’est trop peu, trop tard.

Ce que l’on observe enfin, au moins, c’est une volonté pour plusieurs élus et collaborateurs, de se dissocier de la rhétorique de Trump. Notamment à tout ce faux argumentaire sur le fait que l’élection était truquée. Vendredi matin, l’ancienne directrice des communications à la Maison-Blanche, Alyssa Farah, avouait presque candidement que le président qu’elle a servi a tout simplement menti à la population concernant la fraude électorale.

En fait, le constat qu’on peut faire, c’est que ce qui s’est passé au Capitole mercredi est le résultat direct des discours toxiques, de l’empoisonnement de l’esprit des gens par les mensonges, les attaques, le dénigrement et les insultes. Le résultat de quatre années passées à attaquer les adversaires politiques, les alliés mous, les médias, le système électoral, la démocratie elle-même.

Ce qu’il y a de plus inquiétant, c’est lorsqu’on constate qu’il y a aux États-Unis, 74 millions d’électeurs qui ont voté pour cet homme et endossé ses idées, certains au point de saccager les institutions démocratiques. C’est aussi et surtout à eux qu’il faut s’intéresser.

Et c’est tout un contrat.