On allait presque oublier les Forges

ÉDITORIAL / La campagne électorale dans la circonscription de Trois-Rivières n’a pas donné lieu, jusqu’à maintenant, à de vifs accrochages entre les principaux candidats. Les aspirants au poste de député parlent même presque à l’unisson sur les trois principaux enjeux locaux que sont le train à grande fréquence, le développement de l’aéroport et celui du port de Trois-Rivières. On avait presque oublié de parler des Forges du Saint-Maurice. Presque.

C’est le candidat néo-démocrate Robert Aubin qui a ramené le lieu historique national au rang de priorité électorale, lundi. C’est vrai qu’en sa qualité de député sortant, il avait eu l’occasion d’assister aux rencontres tenues au sujet du plan directeur 2019-2029 des Forges du Saint-Maurice, en juillet dernier. Il a aussi été témoin, au cours de ses huit dernières années comme député, de ce qu’il n’est pas exagéré d’appeler l’abandon du site.

On l’a dit et on le redit: les Forges du Saint-Maurice ont besoin de beaucoup d’amour. D’argent aussi. Et certainement d’une bonne dose d’ingéniosité.

Ingéniosité parce que la revitalisation du site ne viendra pas du jour au lendemain. Il y a près d’un millier de lieux historiques nationaux au Canada. De ce nombre, 170 sont, comme les Forges, administrés par Parcs Canada. Le problème des lieux historiques nationaux, on le sait, est que le financement n’a jamais réellement suivi les intentions nobles derrière la désignation.

Ingéniosité parce qu’il faudra inévitablement que les solutions viennent du milieu. Il faut des partenariats. Il faut envisager des utilisations diversifiées pour ce site extraordinaire. Il faut des idées. Il faut des moyens autres que les minces enveloppes annuelles de Parcs Canada.

Robert Aubin entend remettre la revitalisation du site parmi ses priorités s’il est réélu. Il est certes ahurissant de l’entendre raconter qu’on lui avait dit que le meilleur moyen de préserver les vestiges du site était de les enterrer, faute de moyens pour les entretenir et les mettre en valeur. Tant qu’à entendre de telles aberrations, aussi bien mettre la clé sous la porte.

Le candidat néo-démocrate propose, comme cela avait été évoqué lors des rencontres sur le plan directeur, la mise en place d’un comité citoyen. C’est déjà un geste significatif. Les revendications doivent venir du milieu, pas seulement d’un député ou d’une poignée d’intervenants touristiques.

Il faudra que cette voix soit forte, parce qu’il y a tout un rattrapage à faire en ce qui a trait aux infrastructures et à l’entretien du site, ce qui laissera certainement peu de marge pour qu’on puisse bonifier les activités d’animation et de mise en valeur.

Dans l’exposé de la situation que faisait Parcs Canada dans le cadre des consultations concernant le plan directeur, on identifiait trois enjeux principaux: la fréquentation inférieure au potentiel du lieu, la dégradation des vestiges archéologiques et des installations d’accueil des visiteurs ainsi que la nécessité de reconnaître, d’honorer et de présenter les différents avantages de ce site historique.

Identifier des enjeux est une chose. Donner les moyens de s’y attaquer en est une autre. Les programmes des partis ne donnent pas beaucoup d’indices sur la gestion des parcs et des lieux historiques nationaux. Ce n’est pas très tendance.

Mais quand des candidats locaux prennent soin de soulever la question et de s’engager à déployer des actions concrètes à ce sujet, ça mérite d’être applaudi.