Pablo Rodriguez

Nouveau ministre, même rhétorique

Il ne faut pas trop s’étonner que ce soit davantage la rétrogradation de Mélanie Joly que la promotion de Pablo Rodriguez qui ait retenu l’attention lors du remaniement ministériel annoncé la semaine dernière par le premier ministre Justin Trudeau. Le passage de Mme Joly à la tête du ministère du Patrimoine canadien a été tumultueux. Et le mandat de M. Rodriguez pourrait l’être tout autant.

Mélanie Joly était titulaire du portefeuille de Patrimoine Canada depuis l’élection des libéraux, en 2015. Son mandat a évidemment été marqué par le refus catégorique de taxer les services offerts par les géants du web comme Netflix, provoquant du même coup une situation d’iniquité fiscale jamais vue auparavant.

La ministre Joly avait eu peine à justifier la décision de son gouvernement, au terme de l’entente conclue avec Netflix impliquant des investissements en production au Canada. Son passage à l’émission Tout le monde en parle, notamment, avait été ardu.

On aura beau critiquer la porteuse du message, qui manquait visiblement d’expérience et d’assurance, mais c’est avant tout la rhétorique douteuse qui aura ridiculisé le gouvernement dans ce dossier. La ligne était la suivante: il n’est pas question d’imposer une nouvelle taxe aux Canadiens.

Difficile de savoir combien d’animateurs, de chroniqueurs, de journalistes, d’analystes politiques, d’adversaires, de militants ou de simples citoyens ont pu faire remarquer à la ministre que le fait d’assujettir Netflix à la taxe sur les produits et services ne constituait pas une «nouvelle taxe» pour les Canadiens. Mais la ministre – et ses collègues du gouvernement, d’ailleurs – semble ne l’avoir jamais compris réellement, ou ne pas vouloir le comprendre.

On s’attendait donc que le nouveau ministre arrive en poste pour corriger le tir quelque peu. Mais sitôt nommé, il sert la même rhétorique douteuse au sujet de la fameuse «nouvelle taxe». Pablo Rodriguez, qui a une longue feuille de route comme député mais qui fait figure de recrue au conseil des ministres, a indiqué que la politique du gouvernement n’allait pas changer, donc qu’aucune taxe ne sera imposée sur les abonnements à Netflix.

Il n’avait pourtant pas fallu beaucoup de temps, après l’annonce du remaniement, pour que des voix s’élèvent afin de réclamer une correction de l’iniquité fiscale créée par ce qu’on peut appeler l’exception Netflix. Le Parti québécois, notamment, avait vu en cette nomination une occasion de demander au gouvernement fédéral de faire marche arrière et de faire en sorte que Netflix, comme tous les géants du Web, paye ses taxes et ses impôts.

Il serait étonnant de voir le gouvernement libéral rouvrir ce dossier qui lui a déjà fait perdre suffisamment de plumes.

Mais il y a un autre dossier majeur sur lequel Pablo Rodriguez devra travailler et c’est celui de l’aide aux médias. Curieusement, ce dossier implique aussi les géants du web que sont Facebook ou Google, qui siphonnent la publicité numérique et privent les journaux de revenus importants.

Facebook et Google, qui accaparent 80 % de la publicité numérique, ne perçoivent aucune taxe sur ce service et aucuns droits d’auteur sur les contenus des journaux et des autres médias d’information qu’ils reprennent et diffusent dans leurs sites.

Une étude démontrait récemment que pour Google, la non-perception des taxes de vente entraînait des pertes d’environ 460 millions $ pour les gouvernements fédéral et provinciaux. Pour Facebook, le manque à gagner estimé s’élève à 260 millions $, ce qui porte à 720 millions $ le pactole que les gouvernements regardent passer.

Il y aurait certainement là un fonds intéressant pour trouver une façon intelligente de venir en aide aux médias écrits, qui traversent une crise sans précédent. Mélanie Joly avait commencé à démontrer une certaine ouverture, mais c’est le «comment» qui pose problème davantage que le «pourquoi».

Peut-être que Pablo Rodriguez aura des réponses à ces deux questions. Ce serait souhaitable.