L’équilibre mondial est à la merci d’un homme obsédé par son ego, pour lequel il n’existe pas de distinction entre son propre intérêt et les dossiers dont il a désormais la charge, écrit notre éditorialiste.

Nos alliés seront nos ennemis, et...

ÉDITORIAL / Nous savons maintenant que l’armée russe a tiré le missile qui a tué les 298 passagers du vol MH17, au-dessus de l’Ukraine en 2014. Les Pays-Bas et l’Australie, deux alliés des États-Unis, sont arrivés à cette conclusion, que Moscou s’entête à nier.

Donald Trump s’est pourtant présenté au Sommet du G7 en demandant à réintégrer la Russie au sein du groupe, quelques jours à peine avant de s’asseoir avec le leader de la Corée du Nord, dans un Sommet où la question des droits humains ne sera pas abordée. Kim Jong-un est pourtant à la tête d’un régime qui a créé l’équivalent moderne des camps de concentration nazis pour emprisonner ses propres citoyens, soupçonnés de dissidence. 

Mais c’est le premier ministre du Canada qui est accusé par Washington d’avoir «poignardé dans le dos» son allié américain. Et celui-ci menace maintenant d’étendre les sanctions à d’autres secteurs, l’automobile et la production laitière.

L’attention se déplace maintenant vers le Sommet entre Kim et Trump, mais cela ne change rien au fait que la Maison-Blanche a servi un affront humiliant au Canada et à tous les autres pays membres du G7. 

On ne peut certainement pas exclure la possibilité que toute cette mise en scène ait été planifiée dès le départ par Donald Trump, pour en maximiser l’effet. Il aurait eu tout le temps voulu pour manifester publiquement son désaccord pendant le Sommet, si telle avait été son intention. Il a plutôt laissé les discussions déboucher sur un accord, pour ensuite tirer le tapis sous les pieds du premier ministre canadien au pire moment, croyant ainsi l’humilier.

Peut-être voulait-il en faire une démonstration de «force» à la veille de sa rencontre avec Kim Jong-un. Il a continué, hier encore à quelques heures de la rencontre, à se vider le cœur sur Twitter. Au moment où toute son attention devrait être tournée vers le Sommet, il se laisse distraire par une querelle de mots avec son plus proche allié.

Donald Trump soutient ne pas avoir besoin de s’y préparer, se fiant entièrement à son intuition pour savoir «dès les premières minutes» si l’échange sera un succès. Cela revient à dire qu’il ne voit pas l’utilité de maîtriser ses dossiers pour mener cette négociation à bien. C’est l’excuse classique de n’importe quel étudiant qui n’a pas préparé ses examens. Et les résultats ne sont que trop prévisibles.

L’équilibre mondial est à la merci d’un homme obsédé par son ego, pour lequel il n’existe pas de distinction entre son propre intérêt et les dossiers dont il a désormais la charge. L’histoire est remplie de ces leaders pour qui le sort de tout un pays ne pèse pas plus lourd que leur propre enveloppe mortelle. Le sol est jonché de leurs statues.

Dans The Atlantic, un conseiller à la sécurité résume ainsi la doctrine de la Maison-Blanche : «La déstabilisation permanente crée un avantage pour Washington. Nos alliés vont finir par réaliser, avec le temps, qu’il ne sert à rien d’argumenter avec nous.»

C’est justement ce que vient de confirmer le G7. Le dialogue avec un interlocuteur qui voit tout compromis comme une perte nette, au lieu d’un gain mutuel, est une perte de temps. L’Europe, le Royaume-Uni, le Canada, le Japon ne se faisaient guère d’illusions avant la rencontre de La Malbaie. Le Sommet n’a fait que cimenter cette conclusion. Quel avantage y a-t-il à être l’allié d’un pays qui accorde plus de considération à ses ennemis?

Lentement mais sûrement, les États-Unis sont en train de clouer le cercueil de leur leadership.