Le maire de Québec, Régis Labeaume.

Non merci, M. Labeaume

Mais pourquoi diable Régis Labeaume a-t-il choisi Trois-Rivières comme destination vers laquelle il souhaite voir se rendre les manifestants associés à des groupes extrémistes? Dire que les fauteurs de troubles ne sont pas les bienvenus à Québec est une chose. Les envoyer à Trois-Rivières en est une autre. Et un tel pelletage, même s'il relève de la figure de style, est inacceptable de la part d'un maire.
Lundi, au lendemain d'une manifestation qui a tourné au vinaigre à Québec, Régis Labeaume a dressé le bilan de l'événement et de l'intervention policière qui y a été associée. Il en a profité pour envoyer les groupes extrémistes à se faire voir ailleurs. «Allez à Trois-Rivières ou à Lévis, mais nous on ne veut pas les voir, ni l'un ni l'autre», a-t-il indiqué en conférence de presse. Invité à préciser sa pensée par un journaliste qui lui demandait pourquoi ces deux villes en particulier, le maire Labeaume a répondu que c'était parce qu'il avait «beaucoup d'affection pour les deux maires», tout en précisant qu'il «faisait juste de l'humour».
Ça reste de mauvais goût. Quand le sens de la diplomatie est passé, le maire de Québec devait être absent, sans doute.
Est-ce qu'il existe encore un contentieux entre le maire de Québec, Régis Labeaume, et son homologue trifluvien, Yves Lévesque? Est-ce que les accrochages passés entre les deux hommes pourraient expliquer cette mauvaise boutade de la part de Régis Labeaume? Tout porte à croire que oui. Chose certaine, c'est de la petite politique. Son allusion à Trois-Rivières peut n'être que de l'humour, mais sur le fond, Régis Labeaume devra comprendre que si le fait, pour sa ville, d'être la capitale de la province, vient avec des avantages indéniables, il vient aussi avec des inconvénients et des désagréments. Être le théâtre de manifestations est de ceux-là. Si des manifestants choisissent d'obtenir de la visibilité en se rendant dans la capitale, près des institutions démocratiques et avec une large couverture médiatique, alors le maire de cette capitale doit vivre avec cette réalité. Il peut condamner les débordements, mais pas souhaiter la migration de ces protestations dans d'autres villes. 
Si, comme il le dit, ces manifestants «font perdre de l'argent et nuisent à la réputation de Québec», il y a tout lieu de croire, suivant son raisonnement, que ces trouble-fête feront perdre de l'argent ailleurs et qu'ils nuiront aussi à la réputation de la ville choisie pour l'effet de rhétorique.
S'il y a un parfum de combat de coqs à l'«humour» de Régis Labeaume, c'est parce que ce ne serait pas la première fois que les deux maires se crêpent le chignon. En 2015, le maire Labeaume n'avait pas manqué de faire remarquer l'absence d'Yves Lévesque lors de sa visite à Trois-Rivières pour faire la promotion du Centre Vidéotron. Le maire de Trois-Rivières était toutefois en vacances.
Qu'à cela ne tienne, Régis Labeaume avait dit dans les médias qu'Yves Lévesque était «le seul maire» avec lequel il ne s'entendait pas, faisant allusion à leur divergence de point de vue concernant les régimes de retraite des employés municipaux. 
Yves Lévesque avait aussi alimenté l'animosité mutuelle, en accusant son homologue de Québec de faire du populisme et en ajoutant qu'il y avait une différence entre le populisme et la réalité. Les deux hommes se sont aussi écorchés sur des propos tenus par Régis Labeaume sur l'ex-directeur de Tourisme Mauricie, André Nollet.
Enfin, dans les semaines qui ont suivi l'inauguration de l'Amphithéâtre Cogeco, Yves Lévesque faisait lui aussi dans l'humour grinçant et envoyait une pointe à Régis Labeaume. Il disait que Trois-Rivières avait fait la preuve que l'amphithéâtre pouvait être desservi sans qu'il y ait des milliers de places de stationnement juste à côté de la porte. «De quoi rendre Régis Labeaume jaloux», avait commenté Yves Lévesque en riant.
Et dire que ces deux hommes sont à la tête d'une capitale et d'une grande ville... On dirait plutôt des enfants dans une cour d'école.