Martin Francoeur

Non-divulgation: à qui la faute?

ÉDITORIAL / C’est une histoire invraisemblable que celle de Mario Lupien et de sa famille, qui ont appris par les médias que la résidence qu’il habite est un foyer majeur d’éclosion de la COVID-19. Vingt et un résidents sur vingt-sept ont contracté le virus et trois d’entre eux en sont morts. Neuf employés ont aussi été contaminés. Un tel état de contamination propulse cet établissement privé dans le peloton de tête des résidences où la proportion de personnes atteintes est la plus élevée. Mais personne ne semble avoir jugé pertinent d’informer les résidents épargnés et leurs familles. C’est inacceptable.

Selon ce que les médias régionaux ont rapporté plus tôt cette semaine, la situation à la Maison la Cathédrale, à Trois-Rivières, était préoccupante sur le plan sanitaire et pour le moins nébuleuse sur le plan de la communication avec les résidents et les familles de ces derniers.

Mario Lupien a appris en écoutant les nouvelles que son milieu de vie avait été infiltré par la COVID-19. On peut imaginer la panique et le désarroi de ce sexagénaire et de sa famille. Bien qu’il ait été testé négatif, M. Lupien a côtoyé des résidents et du personnel infectés. L’inquiétude manifestée notamment par la fille de celui-ci est parfaitement compréhensible.

Mais comment se fait-il qu’on en soit arrivé à une situation aussi invraisemblable?

La Maison la Cathédrale est considérée comme une ressource intermédiaire , c’est-à-dire un milieu de vie adapté aux besoins des individus dans la communauté. Ces ressources intermédiaires sont obligatoirement liées par contrat à un établissement public du réseau de la santé et des services sociaux. Il y a donc un lien avec le CIUSSS, mais plus ténu que celui qui lie, par exemple, les CHSLD.

Entre la direction de la résidence Maison la Cathédrale et le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, on se renvoyait la balle ces derniers jours pour déterminer à qui incombait la responsabilité d’informer les résidents et leurs familles. Selon la fille de M. Lupien, elle et sa famille ont tenté d’obtenir de l’information mais en vain. Elle s’est fait dire que la direction en place avait contacté les familles, ce qui n’était pas le cas. Et si une famille n’a pas été contactée, il y a lieu de croire qu’elle n’est peut-être pas la seule.

Une situation comme celle qui prévaut à la Maison la Cathédrale est majeure et suffisamment préoccupante pour obliger moralement une divulgation proactive.

Quelqu’un, quelque part, a manqué à ce devoir moral.

Mais entre une omission de la sorte, peut-être parce que quelqu’un était débordé et qu’on avait d’autres chats à fouetter, et un mensonge délibéré pour étouffer une situation, il y a une sacrée différence. Quand des membres du personnel ont commencé à être mis en congé, la direction de la résidence aurait dit que c’était pour des raisons préventives. Des membres de la famille de certains résidents ont posé des questions et ils ont obtenu comme réponse que tout était correct. Et quelques heures plus tard, ils apprennent par les médias que les trois quarts des résidents sont atteints par la COVID-19.

Avec les meilleures intentions, peut-être, la résidence a voulu gérer une crise mais la direction a rapidement été dépassée par les événements. Parce que les commentaires sur la qualité des soins et la gentillesse du personnel sont très positifs en période normale. Mais dans un cas comme celui-là, il fallait demander de l’aide pour gérer l’information. Le CIUSSS, qui a déployé des ressources pour pallier l’absence de certains employés réguliers de la résidence, aurait pu offrir un soutien sur le plan logistique et sur celui de la communication. Mais l’information dont il disposait, c’est que la direction de la résidence avait déjà avisé les familles et les résidents.

Il y a eu un manque quelque part dans le processus. Mais le plus inquiétant, c’est lorsqu’on se pose la question à savoir s’il existe d’autres milieux de vie qui passent actuellement sous le radar et qui sont d’importants foyers d’éclosion. L’exemple de la Maison la Cathédrale nous démontre tristement que c’est une réalité et une possibilité.