Le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx a ouvert la porte à une commission parlementaire sur la pondération des résultats. Ça pourrait être le point de départ d'une réflexion beaucoup plus large.

Nivellement par le bas

Il faut être rendu bas, très bas, comme établissement d'enseignement, comme commission scolaire ou comme société, pour accepter que l'on gonfle délibérément des notes pour que des élèves puissent atteindre la note de passage. Il faut surtout être idiot pour fermer les yeux sur un tel phénomène de nivellement par le bas.
Rappel des faits. La Fédération autonome de l'enseignement, qui regroupe huit syndicats représentant plus de 34 000 enseignantes et enseignants, a effectué récemment un sondage qui met au jour cette curieuse pratique par laquelle des enseignants arrondissent - souvent contre leur gré - des notes pour donner une chance aux élèves et éviter les inconvénients des interprétations arbitraires dans la correction des examens.
En fait, le sondage révèle qu'un professeur sur deux a déjà vu la note accordée à l'un de ses élèves être gonflée sans son consentement afin d'atteindre le seuil de passage de 60 %. On apprend également que 20 % des profs subissent des pressions, tant des parents que des directions d'école, afin d'apporter des modifications de note au bulletin.
Les raisons derrière ces manoeuvres sont variées: manque de ressources financières pour l'aide aux élèves en difficulté, volonté de ne pas nuire au cheminement scolaire de l'élève, amélioration ou maintien du taux de réussite de l'école, éliminer la subjectivité de la correction. Il y en a sans doute d'autres. 
Pire encore, la bonification des résultats n'est pas une pratique exclusive aux écoles ou aux commissions scolaires. Le ministère de l'Éducation fait aussi sa part. Le ministre Sébastien Proulx, qui se disait d'abord surpris de cette pratique, a fini par reconnaître qu'un logiciel arrondissait automatiquement à 60 % les notes de 58 et de 59 % des examens du ministère. Un tel exercice serait nécessaire, dit-il, pour éviter les erreurs de mesure. 
Quand on établit à 60 % la note de passage, on s'attend à ce que ce soit 60 %. Si on arrondit à partir de 57 % ou 58 %, on en viendra à croire, par l'usage, que la véritable note de passage est 57 % ou 58 %. C'est une spirale qui peut nous mener bien bas.
De telles pratiques viennent torpiller les statistiques sur le taux de réussite scolaire au Québec. Déjà qu'il est loin d'être reluisant quand on le compare à celui des autres provinces, voilà qu'on apprend qu'il est en quelque sorte maquillé par des petits bonus donnés ici et là.
Dans le plus récent budget du Québec, présenté par le ministre des Finances Carlos Leitão, on rappelle que le taux de réussite scolaire atteignait les 78,8 % en 2014-2015. L'objectif de 80 % d'ici 2020, établi il y a près d'un quart de siècle, semble plus que jamais à portée de main.
Mais le gonflement des notes vient une fois de plus discréditer ce taux de réussite, déjà jugé biaisé parce qu'il tient compte à la fois du taux de diplomation et du taux de qualification, ce dernier faisant référence à la certification des formations qui visent à préparer au marché du travail un élève en difficultés d'apprentissage.
Le réel taux de diplomation au Québec est de 74,7 %, alors que chez nos voisins ontariens, il dépasse les 85 %. Pas étonnant que le psychologue et professeur d'adaptation scolaire à l'Université Laval, Égide Royer, dont les travaux sur l'apprentissage scolaire sont hautement respectés, considère que le Québec est sous-scolarisé.
On n'en finit plus de compter ces pirouettes ou ces échappatoires que l'on utilise pour maquiller les ratés de notre système d'éducation. Ce n'est plus normal. Le gouvernement Couillard, qui semble vouloir faire de l'éducation son nouveau champ de bataille, devra faire table rase de ces pratiques qui portent sérieusement ombrage aux moyens déployés pour favoriser la réussite scolaire.
Le ministre Proulx a ouvert la porte à une commission parlementaire sur la pondération des résultats. Ça pourrait être le point de départ d'une réflexion beaucoup plus large.