Nicolet et son île mystérieuse

ÉDITORIAL / Elle est plus qu’intéressante cette volonté, exprimée fortement par la mairesse de Nicolet et par ses collègues du conseil municipal, de mettre en valeur l’île Moras et de redonner à la population un accès à ce joyau écologique. À l’approche du 350e anniversaire de la ville, qui sera célébré en 2022, cela pourrait être l’occasion pour le gouvernement fédéral de confirmer la rétrocession de ce territoire à la Ville de Nicolet.

Les dernières années nous ont démontré que Nicolet a développé un savoir-faire dans la mise en valeur de milieux naturels. Le parc écologique de l’Anse-du-Port et sa passerelle de bois en sont un bel exemple. Imaginons un instant qu’on puisse enfin développer un plan écotouristique à la hauteur du potentiel de l’île Moras. Cela deviendrait un élément déterminant dans l’offre touristique de la ville et de la région entière.

Ce n’est pas d’hier qu’on souhaite se réapproprier l’île qui sert de porte d’entrée à la rivière Nicolet et au lac Saint-Pierre, et qui a été le berceau de la colonisation du coin. Depuis plusieurs années, toutefois, on n’y trouve plus âme qui vive. C’est que le territoire a été utilisé par la Défense nationale, installée sur les terrains d’en face, du côté de l’ancienne municipalité de Nicolet-Sud, pour ses essais. Il y a bien encore quelques traces de cette présence sur l’île, mais elle est surtout un écrin exceptionnel pour le patrimoine faunique et floristique.

L’idée de la transformer en réserve naturelle et récréotouristique accessible au public remonte à plusieurs décennies et il semble que ce soit un dossier qui est toujours demeuré ouvert du côté de la Ville de Nicolet. Il y a quarante ans, le projet du parc Moras – qui avait pour objectif de mettre en valeur ce milieu naturel – avait vu le jour, mais l’accès difficile à l’île et l’absence de moyens avaient étouffé la volonté de favoriser les activités d’observation de la nature et de randonnée pédestre, notamment.

Il y a quelques mois, le conseiller municipal Stéphane Biron signait dans ces pages une lettre demandant au ministre François-Philippe Champagne d’intervenir pour qu’une rétrocession de l’île puisse être envisagée. Et la mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois, a eu la bonne idée, plus tôt cette semaine, de rappeler l’existence de ce projet au même François-Philippe Champagne, qui vient d’être réélu dans Saint-Maurice–Champlain et qui devrait retrouver des fonctions ministérielles d’ici un mois. La rétrocession de l’île de 183 hectares, qui n’est plus utilisée et qui est laissée sans surveillance, s’impose.

La beauté de la chose, c’est que la mairesse Dubois a pris soin d’insister sur le fait que c’est un lieu magnifique et qu’il serait nécessaire de le «développer de façon respectueuse avec l’environnement». Exactement comme la Ville a fait avec le parc de l’Anse-du-Port et comme elle le fait pour le centre d’interprétation qui s’y trouvera prochainement.

Tout cela commence à ressembler à un créneau touristique très intéressant. Et à une philosophie de développement tout aussi intéressante. La mairesse a évoqué un parallèle avec le type de mise en valeur qui est privilégié dans les parcs nationaux et c’est assurément une comparaison intéressante. Surtout quand on considère que le majestueux lac Saint-Pierre est reconnu comme faisant partie de la réserve mondiale de la Biosphère par l’UNESCO. L’idée de redonner le site à la population et de le mettre en valeur a déjà reçu l’appui non seulement de la Ville de Nicolet, mais aussi de la MRC de Nicolet-Yamaska et du député provincial Donald Martel.

La valeur naturelle et historique de l’île Moras est considérable. Il importe de rendre ce lieu accessible et adéquatement aménagé. S’il y a des villes qui font le choix d’investir dans des infrastructures touristiques et de loisir parfois pharaoniques, d’autres optent pour un développement plus modeste, davantage axé sur la nature et le patrimoine.

Cela mérite certainement une grande considération.