Michel Angers

N’en jetez plus, la cour est pleine

La Ville de Shawinigan devrait-elle envisager un coup de barre majeur dans ses dépenses plutôt que de devoir toujours augmenter ses revenus? La question est soulevée par certains contribuables qui n’en peuvent plus de subir les conséquences de la hausse du fardeau fiscal. Chose certaine, pour les élus, c’est loin d’être une mince tâche que de devoir composer avec une réalité financière et économique complexe.

La grogne commence à se faire sentir à Shawinigan concernant la hausse du fardeau fiscal des contribuables. Jumelées aux aléas des révisions périodiques du rôle d’évaluation, les augmentations de taxes ont des conséquences lourdes sur le budget de plusieurs citoyens, si bien que certains d’entre eux tentent maintenant de rappeler la Ville à l’ordre.

«Vous dépensez comme si vous étiez une ville riche», déplore l’un d’eux. «Vous parlez souvent de l’importance de trouver des moyens pour augmenter vos revenus; peut-on aussi penser à réduire les dépenses?», se demande un autre.

Quand des citoyens se donnent la peine de se déplacer au conseil pour faire part de leur ras-le-bol des augmentations ou pour obtenir des détails sur les raisons justifiant des augmentations considérables de leur évaluation municipale, c’est qu’il y a un réel malaise.

Si la dernière révision du rôle d’évaluation a donné lieu à une baisse moyenne de 2 % de l’évaluation foncière, il y a des secteurs où c’est à une hausse – parfois mystérieuse – qu’on a eu droit. Cela a évidemment un impact sur le compte de taxes. Les exemples donnés par certains citoyens, mardi soir, et rapportés dans ces pages sont consternants.

Parce que la fiscalité municipale repose encore sur le concept archaïque de la valeur des propriétés, les défis pour une ville comme Shawinigan sont nombreux. Le seul moyen d’aller chercher des revenus additionnels, tant qu’il n’y a pas de hausse significative de la richesse foncière uniformisée (RFU), c’est d’en demander toujours un peu plus de la part des contribuables. Et d’espérer le maintien du programme de péréquation.

À Shawinigan, tous les indicateurs jouent contre la Ville. Au lieu d’augmenter, la RFU a diminué de 33 millions $ entre 2017 et 2018. L’endettement total net à long terme par tranche de 100 $ de RFU est de 5,72 $. C’est plus élevé que la moyenne des villes dans la tranche de population de Shawinigan (2,18 $), c’est plus élevé que la moyenne pour la Mauricie (3,09 $) et c’est plus élevé que la moyenne provinciale (2,13 $). L’endettement total net à long terme par unité d’évaluation est de 9013 $ à Shawinigan. Dans les villes de taille semblable, il est de 6521 $. En Mauricie, il est de 5091 $. Et au Québec, il est de 6226 $.

Pourtant, quand on regarde la charge fiscale moyenne des logements, Shawinigan ne s’en tire pas trop mal, avec 1786 $, comparativement à 2127 $ pour les villes de taille semblable, à 1713 $ pour la Mauricie et à 2025 $ pour le Québec. Le problème, on le voit bien, c’est parce que la Ville et la région sont pauvres, que le coût de la vie y est moins élevé, que les salaires sont plus bas.

À Shawinigan, le revenu disponible par habitant était de 24 050 $ en 2016. Le taux de faible revenu des familles était de 8,1 %. C’est très élevé. En Mauricie, le revenu disponible par habitant était de 25 151 $ alors que le taux de faible revenu des familles était de 7,5 %. Le revenu d’emploi médian à Shawinigan, chez les 25-64 ans, n’est que de 33 996 $, alors qu’il frôle les 40 000 $ à Trois-Rivières et dépasse les 36 000 $ à La Tuque.

Pas facile de naviguer avec de telles données. Surtout quand on décide, en plus, d’augmenter les dépenses de la Ville de 8 millions $ (9,5 %). Sans dire qu’elle vit au-dessus de ses moyens, Shawinigan fait face à des défis qui devront peut-être se traduire par des compressions dans son effectif, dans son organisation ou dans son offre de services.

Ça peut faire mal, mais tant qu’on ne change pas le mode de taxation, les villes n’auront plus d’autre choix. La capacité de payer des contribuables a ses limites.