Négligence institutionnelle

Négligence institutionnelle. Échec lamentable. Les mots de la juge Marie-Josée Ménard pour qualifier le travail de la DPJ de la Mauricie–Centre-du-Québec dans un récent dossier sont durs, implacables, comme ils se devaient de l’être. Les façons de faire à la DPJ doivent impérativement changer. Rapidement.

Il s’agit d’un troisième jugement accablant prononcé contre la DPJ de la Mauricie–Centre-du-Québec. La juge Ménard blâme l’organisme pour avoir «abandonné» une enfant au sein d’une famille d’accueil «toxique» et «dysfonctionnelle» pendant six ans.

Marie-Josée Ménard est justement celle qui, au début de 2017, avait sonné l’alarme dans un autre jugement percutant. Elle s’en prenait aux services de la protection de la jeunesse en Mauricie et au Centre-du-Québec en relatant l’histoire de deux frères qui auraient été «abandonnés» dans une famille «toxique». Dans son jugement, la juge indique que la DPJ avait «toléré l’intolérable» et que la situation avait pourtant été signalée à au moins deux reprises par une pédopsychiatre et une gardienne des enfants.

Quelques mois plus tard, c’était au tour du juge Bruno Langelier, de la Cour du Québec, de critiquer sévèrement la DPJ Mauricie–Centre-du-Québec. En raison de délais largement dépassés, le juge Langelier n’avait eu d’autre choix que de remettre un enfant à ses parents biologiques sans même savoir s’ils sont en mesure de s’en occuper adéquatement. Il en avait profité pour émettre «un questionnement sérieux quant au respect des objectifs de la loi et de la célérité avec laquelle la situation d’un jeune doit être traitée pour répondre à son intérêt et au respect de ses droits».

L’organisme fait aussi l’objet d’une enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, enquête amorcée il y a près de deux ans et dont on attend toujours les conclusions. La Commission avait recensé, depuis 2013, des «services déficients» dans dix-neuf situations impliquant trente-huit enfants supervisés par la DPJ Mauricie-Centre-du-Québec.

Comment se fait-il qu’on prenne autant de temps pour enquêter sur une direction dont la mission est d’assurer la protection des mineurs? On parle ici d’un service gouvernemental qui traite directement avec des humains et qui a un rôle crucial à jouer sur le développement, l’éducation, la santé mentale et le bien-être des enfants et des adolescents.

Avec ce nouveau jugement qui vient de tomber, il faut donner une fois de plus raison à la nouvelle députée caquiste de Champlain, Sonia LeBel, qui avait dénoncé, en début de campagne électorale, le fait que l’enquête de la CDPDJ traînait en longueur.

Maintenant que son parti forme le gouvernement et qu’elle-même est une sérieuse prétendante à un poste de ministre, il sera intéressant de voir dans quelle mesure les services de protection de la jeunesse constitueront une priorité pour le gouvernement de la CAQ. Déjà, le parti s’était engagé à réduire la lourdeur administrative qui met en péril la sécurité de jeunes enfants souvent vulnérables.

Entre-temps, une révision des façons de faire s’impose à la DPJ, particulièrement dans la région. Le nouveau directeur, nommé en juillet et entré en fonction depuis quelques jours à peine, doit absolument intervenir promptement pour éviter que surviennent de nouvelles situations tragiques, comme celles ayant fait l’objet de plaintes et de jugements au cours des dernières années.

Des gestes concrets doivent être posés pour démontrer qu’il y a une réelle responsabilisation et une meilleure conscience du mandat dévolu à cette direction. Il importe, principalement, de revoir l’approche administrative entourant le traitement des cas et l’évaluation des familles d’accueil.

Autrement, cette accumulation d’exemples d’horreurs devrait conduire directement à une mise en tutelle ou à une forme quelconque de prise en charge par une autre entité administrative.