Dre Anne Fournier

Ne rien tenir pour acquis

ÉDITORIAL / «Pour le moment, on n’a pas eu d’indication comme quoi la clinique était menacée. Mais on ne veut rien tenir pour acquis, nous sommes très craintifs.»

Si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, la Dre Anne Fournier, cardiologue à l’hôpital Sainte-Justine, n’aurait probablement aucune raison d’exprimer des craintes quant à la pérennité des services offerts par la clinique itinérante de cardiologie pédiatrique.

Mais comme il n’y a jamais de fumée sans feu, elle a cru bon manifester son inquiétude quant à l’avenir de cette clinique. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a voulu se faire rassurant, lundi, en insistant sur le fait que rien n’indique que cette clinique pourrait cesser ses activités.

Quoi qu’il en soit, une telle sortie publique aura certainement pour effet de rappeler l’importance de cette clinique itinérante ou carrément d’informer la population de son existence.

C’est la fusion récente des administrations du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine et du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) qui fait craindre le pire aux spécialistes en cardiologie pédiatrique dans la région. Les pédiatres et cardiologues de cette clinique itinérante de cardiologie craignent que cette mégastructure sonne le glas des services rendus à des centaines d’enfants et de familles de la Mauricie et du Centre-du-Québec, mais aussi des autres régions où elle se déplace.

La clinique itinérante est née il y a une vingtaine d’années. Elle résulte de la demande de parents de Trois-Rivières qui souhaitaient pouvoir avoir un suivi en cardiologie pour leurs enfants ici même, dans la région. Leur appel avait alors été entendu.

Depuis quelques années, la cardiologue de Sainte-Justine Anne Fournier et son équipe se déplacent à Trois-Rivières deux fois par mois pour voir des enfants ayant besoin de tous les niveaux de services en cardiologie. Cela représente plus de 700 visites par année.

Sept cents visites par année, c’est autant de répit qu’on donne aux parents, autant d’économies qu’on leur permet de réaliser, autant de journées de congé qu’on leur épargne, autant d’inquiétude dont on les soulage.

Pour des parents qui sont confrontés à la dure réalité d’avoir un enfant qui nécessite des soins pointus en cardiologie, la multiplication des rendez-vous peut vite devenir un lourd fardeau. Non seulement ces parents sont-ils vulnérables sur le plan émotionnel, ils deviennent aussi handicapés en ce qui a trait à leur emploi du temps ou aux dépenses que ces rendez-vous à Montréal entraînent. Avec une clinique qui se déplace, on leur évite des frais de déplacement, d’hébergement, de gardiennage, des pertes de revenus d’emploi, etc.

Ce service a fait ses preuves depuis sa mise en place. Il existe maintenant un réseau de cliniques itinérantes, toutes tenues par des membres de l’équipe de cardiologie de Sainte-Justine, qui se déplacent en Mauricie, mais aussi dans des régions comme l’Abitibi, l’Outaouais, Lanaudière, et l’Estrie. Plus de 3000 visites sont ainsi réalisées annuellement.

Les intervenants estiment que la pérennité des services offerts par la clinique itinérante passe par la défusion du CHUM et de Sainte-Justine. La nouvelle mégastructure les force à se battre pour dispenser les services appropriés et surtout, pour distinguer la spécificité des besoins des enfants malades de deux de la clientèle adulte.

Il serait étonnant qu’on puisse espérer une manœuvre de marche arrière qui irait jusqu’à la défusion. Mais leur message doit être entendu. Leur cri du cœur doit donner lieu à un engagement ferme de maintenir les services et les ressources. Une telle collaboration entre la clinique et l’hôpital régional est essentielle et elle donne des résultats.

Pour une fois que quelque chose marche bien dans le réseau de la santé, faudrait bien en assurer la pérennité.