Ne pouvait-on pas trouver mieux?

ÉDITORIAL / Rappeler au travail des préposées aux bénéficiaires enceintes qui sont en retrait préventif. Voilà l’idée de génie qu’a eue la direction du Centre intégré universitaire de santé et services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec pour pallier le manque criant de préposés aux bénéficiaires dans ses établissements de soins. On est rendu là, il faut croire. On ne peut même plus laisser les préposées enceintes profiter de leur programme de retrait préventif.

Le 9 février dernier, 11 préposées ont été sommées de retourner au travail, dans des fonctions apparemment pas aussi exigeantes physiquement que celles qu’elles exécutent normalement. Vu leur condition, on les fait travailler comme «aides de service». Ces 11 préposées rappelées au travail s’ajoutent à seize autres dans la même situation, ce qui porte à 27 le nombre de préposées enceintes de retour d’un retrait préventif qui œuvrent comme aides de service.

Ça fait des mois qu’on entend parler des problèmes reliés à la pénurie de préposés aux bénéficiaires. Depuis l’été dernier, on estime entre 300 et 400 le nombre de préposés additionnels qu’il faudrait, en Mauricie et au Centre-du-Québec, pour dispenser les services dans les différents établissements du réseau et pour stabiliser la situation.

Au fil des mois, des pistes de solutions ont été envisagées pour combler – du moins en partie – ce manque: faire appel à des bénévoles, recruter à l’étranger, mettre en place un programme travail-études. Ce ne sont pas les idées qui manquent, mais les effets de ces mesures tardent à se faire sentir.

Entre-temps, quelqu’un a pensé que c’était une bonne idée de rappeler les préposées enceintes, comme le permet la convention collective. Ça peut l’être. À condition que les risques soient nuls.

Sur papier, le protocole de rappel des préposées en retrait préventif est tout à fait correct. L’idée de les assigner à des tâches connexes, dans un poste d’aide de service, est appropriée. Mais un risque demeure: la tentation, dans le milieu de travail, d’utiliser ces employées dans des tâches qu’elles connaissent, qu’elles exécutent en temps normal. Une préposée consciencieuse, même si elle est rappelée au travail contre son gré, n’hésiterait sans doute pas à aider ses collègues débordés ou à répondre aux besoins de certains patients. Même si ça dépasse le pliage de serviettes ou le transport de plateaux.

Heureusement, la direction du CIUSSS semble préoccupée par le critère de sécurité des préposées. Mais est-on vraiment en mesure de faire un suivi serré des tâches effectuées, de l’emploi du temps des préposées rappelées comme aides de service? On peut en douter.

La direction du CIUSSS et le Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers (CSN), qui représente entre autres les préposées aux bénéficiaires du CIUSSS, ne s’entendent pas sur la norme applicable dans le cadre d’un rappel de préposées. Le syndicat plaide qu’il y a trois conditions strictes – l’autorisation du médecin traitant, l’examen du milieu de travail pour s’assurer de son caractère sécuritaire et l’évaluation des tâches –, alors que l’employeur s’en remet à ce que prévoit un programme de la CNESST. Ça en dit long sur la qualité de la communication qui règne à l’intérieur du CIUSSS.

Oui, le problème de disponibilité de main-d’œuvre est majeur dans les établissements de santé, tant chez les préposés aux bénéficiaires que chez les infirmières. Mais ce n’est certainement pas en forçant le retour au travail de travailleuses qui se prévalent d’une disposition à laquelle elles ont droit qu’on va sérieusement améliorer la situation. On risque bien davantage de générer du mécontentement, des difficultés d’intégration aux équipes en place, des conflits quant aux tâches à effectuer ou à ne pas effectuer.

Vivement que portent fruit les autres mesures envisagées pour combler les besoins en personnel.