Ministre régionale en devenir

À moins de faire de l’aveuglement volontaire ou de ne pas suivre du tout ce qui se passe sur la scène politique, il est difficile de ne pas reconnaître que la Coalition avenir Québec risque fort de former le prochain gouvernement. Difficile aussi de ne pas reconnaître les chances de voir la Mauricie basculer vers la CAQ. Difficile, enfin, de ne pas envisager que Sonia LeBel puisse être une ministre de premier plan dans un éventuel gouvernement caquiste.

On a beau nager dans les hypothèses, mais à un peu plus de deux mois des élections, il faudrait une catastrophe pour que le vent de sympathie vers le parti de François Legault s’estompe. Surtout dans une région comme la Mauricie.

On nage dans les hypothèses, mais pas tant que ça.

Les projections de sièges découlant des derniers sondages d’intentions de vote donnent les quatre circonscriptions de la Mauricie à la CAQ. Et c’est dans Champlain que le parti obtiendrait sa meilleure performance, avec un peu plus de 40 % des voix pour Sonia LeBel.

En fait, les spécialistes en projections – notamment Philippe J. Fournier du blogue Québec125 – estiment que la probabilité d’avoir une députée caquiste dans Champlain est supérieure à 99 %, au terme de plus de 50 000 simulations statistiques. Plus largement, la probabilité d’avoir un gouvernement caquiste au Québec est de 98,4 %. Et la probabilité d’avoir un gouvernement caquiste majoritaire est de 82,5 %.

Bien sûr, les chiffres peuvent encore varier. La campagne électorale «officielle» pourrait faire bouger les choses. Mais en attendant, il est possible d’envisager que Sonia LeBel soit députée de Champlain dans un gouvernement de la CAQ. Et fort probablement ministre, comme l’a répété plusieurs fois son chef François Legault.

La candidate fait ses devoirs. Elle multiplie les rencontres sur le terrain, profite de l’été pour faire le tour des événements, pour rencontrer les citoyens. Là-dessus, elle part avec un retard sur son adversaire libéral, l’actuel député Pierre Michel Auger, qui y est allé de nombreuses annonces récemment et qui est bien connu dans le comté.

Sonia LeBel ne passe pas par quatre chemins. Elle réitère qu’elle n’a pas l’intention, à court terme, de s’installer dans la circonscription. Histoire, surtout, de ne pas déraciner ses enfants, un garçon de 16 ans qui finit ses études secondaires et une fille de 12 ans qui commence les siennes. La candidate, qui habite Mont-Saint-Hilaire, aime rappeler qu’il lui faut moins de temps, en voiture, pour venir dans Champlain qu’il en faut à son conjoint pour se rendre à son travail, au centre-ville de Montréal.

En entrevue éditoriale au Nouvelliste, Sonia LeBel a démontré qu’elle avait une connaissance pointue des dossiers locaux et régionaux. Volubile, elle a parlé d’Aleris, d’Internet à haute vitesse, des taxes scolaires, du Festival western de Saint-Tite, même de la Belgo et de la régionalisation des services gouvernementaux. Elle a aussi parlé de Julie Boulet. En bien.

Sonia LeBel estime que Julie Boulet a été «très importante» pour la région. Peut-être est-ce parce qu’il y a des chances qu’elle lui succède comme ministre régionale?

À n’en pas douter, Sonia LeBel ferait une bonne ministre de la Justice. Et assurément une bonne ministre régionale, même si elle pourrait avoir de la concurrence à ce titre.

Mais si elle est élue dans Champlain, elle ne devra pas oublier, justement, que c’est aux électeurs de cette circonscription à trois têtes – sept municipalités de Mékinac, la MRC des Chenaux au complet et l’est de la ville de Trois-Rivières – qu’elle en serait redevable.

Il reste encore neuf grosses semaines avant l’élection. Et ne comptez pas sur Pierre Michel Auger pour s’avouer vaincu. Ajoutez à cela des candidats comme Gaétan Leclerc (PQ) et Steven Roy Cullen (QS) qui travaillent fort, eux aussi. Ça donne une belle lutte, malgré les chiffres, malgré les statistiques, malgré les projections.

Une élection, c’est aussi une affaire d’individus.