Ministrable, oui mais...

ÉDITORIAL / C’est vrai que Sonia LeBel, candidate maintenant officielle de la Coalition avenir Québec dans Champlain, est ministrable. C’est vrai qu’elle pourrait sans doute être une très bonne ministre de la Justice. Mais en employant clairement cette formule dimanche lors de la présentation officielle de la candidate, François Legault a peut-être mis la charrue devant les boeufs. Parce que le rôle premier d’un député est de représenter les électeurs d’une circonscription et c’est sans doute ce que ceux de Champlain attendent et auraient voulu entendre.

On a beaucoup parlé des qualités de Mme LeBel et du fait qu’elle est une ministre en attente dans l’éventualité où le prochain gouvernement serait formé par la CAQ. Mais dimanche, François Legault aurait dû se garder une petite gêne. Par respect pour les électeurs de Champlain, certes, mais aussi par respect pour les autres députés et candidats de la CAQ qui assistaient à l’événement.

La principale intéressée n’a évidemment pas caché son intérêt pour la chose, justifiant son engagement en politique par cette volonté d’améliorer le système de justice. Selon elle, il est impératif de remettre les victimes, de remettre les citoyens au coeur de notre système de justice. Elle souhaite que cette justice soit accessible, abordable et efficace. Si la CAQ forme le prochain gouvernement, a-t-elle dit, c’est ce qui sera mis de l’avant. C’est ce qu’on appelle aller loin dans les engagements électoraux.

Un portefeuille ministériel, à cinq mois des élections, ça demeure hautement hypothétique. Et ça peut renforcer l’impression, notamment auprès des électeurs de Champlain, que Sonia LeBel est une ministre en attente qui se cherche un siège de députée.

Le fait de présenter Sonia LeBel comme ministre probable pourrait avoir pour but de faire oublier qu’elle n’est pas une candidate issue de la circonscription. La CAQ fait tout pour gommer le fait qu’elle est une candidate parachutée: on insiste sur le fait qu’elle a de la famille ici, qu’elle possède un chalet à La Tuque.

Au cours des derniers jours, Sonia LeBel elle-même a pris un gros risque en jouant la carte de l’honnêteté et en disant qu’elle n’avait pas l’intention de déménager dans la circonscription si elle est élue.

Dans la région, l’expérience récente de candidats parachutés n’est pas très concluante lorsqu’on pense à Djemila Benhabib et à Alexis Deschênes, tous deux défaits dans Trois-Rivières au provincial. Mais elle est plus positive pour Ruth Ellen Brosseau, élue puis réélue dans Berthier-Maskinongé au fédéral, qui a fait un sacré travail de terrain depuis son élection en 2011.

Les électeurs des circonscriptions plus rurales aiment voir quelqu’un de leur coin pour les représenter. Mais ils sont aussi ouverts à faire une place à quelqu’un qui fait bien ses devoirs et qui prend le temps de bien représenter les intérêts de la circonscription. Là-dessus, Sonia LeBel devrait avoir une bonne conversation avec Ruth Ellen Brosseau.

Au cours des prochains mois, la candidate de la CAQ devra justement gagner la confiance des électeurs et des décideurs de Champlain. Elle devra être présente sur le terrain. Il faudra que les gens sentent qu’elle veut travailler pour eux.

Il va surtout falloir qu’elle parle d’autre chose que de justice, parce que pour des électeurs de Saint-Stanislas, de Lac-aux Sables ou du bas du Cap, ça ne résonne pas très fort.