Mettre la table pour le train

ÉDITORIAL / Il y a, dans la présente course à la mairie de Trois-Rivières, beaucoup d’engagements ponctuels, spécifiques. Manon Massé appellerait ça des «mesurettes» comme elle l’a fait dans un des débats des chefs l’automne dernier. La plupart de ces engagements sont intéressants, souvent innovateurs et toujours pertinents dans le cadre d’une campagne électorale. Plusieurs font même l’unanimité parmi les principaux candidats. Les mesures plus proches d’une vision d’ensemble ou concernant un projet marquant l’imaginaire se faisaient plus rares.

Il y a eu cette proposition concernant la décontamination et le réaménagement des terrains de l’ancienne usine Aleris, par le candidat Jean Lamarche, qui est allé voir ailleurs – à Drummondville plus exactement – pour voir ce qui pourrait être fait. C’est vrai que le Bas-du-Cap a besoin d’un bon coup de barre et en cela, l’idée de Jean Lamarche, à laquelle les autres candidats adhèrent d’ailleurs, pour l’essentiel, est intéressante. Mais il fallait quelque chose de plus fort.

Mercredi, Jean-François Aubin a proposé une reconfiguration du secteur de la gare pour donner une nouvelle dynamique au transport en commun, au transport interurbain, au développement de la ville. Le projet mérite qu’on y porte attention, justement parce qu’il touche différents axes de développement, notamment le transport collectif, l’urbanisme, le tourisme, l’économie ou la mobilité de la main-d’œuvre, mais aussi parce qu’il vient créer une forte pression pour que le projet de train à grande fréquence puisse se concrétiser.

Dans les entrevues éditoriales menées par Le Nouvelliste la semaine dernière et dont on peut lire les comptes-rendus ces jours-ci dans nos pages, les candidats ont tous réitéré l’importance du train à grande fréquence pour le développement économique et touristique de Trois-Rivières. Ils ont aussi insisté sur le fait qu’il fallait maintenir la pression auprès des gouvernements supérieurs – le fédéral plus précisément – pour que le projet puisse voir le jour.

Éric Lord et Jean-François Aubin ont tous deux mentionné qu’il devait y avoir une mobilisation citoyenne pour que la pression vienne aussi de la population. En ce sens, un projet de développement urbain qui s’articule autour de la gare patrimoniale est certainement une bonne façon de rappeler l’importance, pour Trois-Rivières, d’une desserte ferroviaire adéquate.

Le projet présenté mercredi par Jean-François Aubin consiste à repenser l’aménagement du secteur de la gare pour favoriser un accès rapide à différents points d’achalandage de la ville. Un tel développement passerait par l’ajout de lignes express de transport en commun et par l’aménagement de pistes cyclables. Il s’agit là d’une façon intéressante de rêver la ville de demain.

La proposition laisse surtout entrevoir la revitalisation du secteur formé des rues Champflour et Bellefeuille, là où se trouvent quelques immeubles mal en point et plusieurs espaces bêtement convertis en stationnements pour le pavillon Saint-Joseph du CIUSSS.

Enfin, et ce n’est pas qu’un mince détail, le projet vient confirmer la volonté d’utiliser la gare patrimoniale de la rue Champflour dans l’éventualité d’un retour du train de passagers à Trois-Rivières. Les candidats avaient tous exprimé cette préférence en début de campagne et il importe de s’assurer que si le projet finit par voir le jour, la gare ne se retrouve pas en périphérie.

L’absence d’annonces du gouvernement fédéral dans le dernier budget et l’accumulation d’études et de délais dans la concrétisation du projet de TGF sont certainement décourageantes. Mais la région ne doit pas baisser les bras et c’est assurément aux élus de donner le ton. Le fait que les quatre candidats à la mairie soient convaincus de cela est certainement une bonne façon de rappeler aux intervenants concernés que la ville et la région ont besoin de ce train.