Jane Philpott et Jody Wilson-Raybould

Mesdames et leur pari risqué

ÉDITORIAL / Après avoir été expulsées du caucus libéral et défrayé la manchette pendant plusieurs semaines avec ce qu’on appelle maintenant l’affaire SNC-Lavalin, les ex-ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott ont fait part, lundi, de leur intention de se représenter aux prochaines élections fédérales en tant que candidates indépendantes. C’est un pari risqué.

Ce n’est pas gagné d’avance. Surtout pour Jane Philpott, qui a été en quelque sorte une actrice de soutien dans le feuilleton de SNC-Lavalin. Sa collègue Jody Wilson-Raybould a été à l’avant-plan, se forgeant une image de parlementaire incorruptible et intègre jusqu’à ce que surviennent l’épisode de l’enregistrement d’une conversation téléphonique avec Michael Wernick et celui des conditions qu’elle aurait imposées à Justin Trudeau pour une éventuelle réintégration au cabinet.

Son étoile a pâli, mais probablement pas suffisamment pour affecter sa popularité dans sa circonscription de Vancouver–Granville. En 2015, elle l’avait emporté par une majorité frôlant les 10 000 voix. Elle est toujours très appréciée dans ce quartier de Vancouver qui semble imprenable par les conservateurs, si populaires soient-ils dans les sondages.

Jody Wilson-Raybould avait convoqué la presse lundi matin pour confirmer son intention d’être candidate indépendante. Du même coup, elle faisait taire les rumeurs qui l’envoyaient candidate pour le Parti vert d’Elizabeth May ou pour les néo-démocrates de Jagmeet Singh.

À trois fuseaux horaires de là, Jane Philpott faisait le même exercice dans Markham–Stouffville, dans la couronne nord de Toronto. À peine son amie Jody avait-elle terminé son allocution, elle prenait la parole pour, elle aussi, faire part de ses intentions. Les deux anciennes ministres avaient démontré une indéfectible solidarité dans le dossier SNC-Lavalin et avaient eu droit au même traitement – l’expulsion du caucus – par le premier ministre Justin Trudeau.

Si la réélection de Jody Wilson-Raybould est possible dans Vancouver–Granville, l’aventure risque d’être plus périlleuse pour Jane Philpott dans la très volatile région de la banlieue nord de Toronto. En 2015, elle l’avait emporté dans Markham–Stouffville par quelque 4000 voix de majorité sur le conservateur sortant.

Le leitmotiv derrière l’annonce de leur candidature comme indépendantes demeure, outre la volonté de continuer à servir leur communauté, la nécessité de faire de la politique différemment. Elles incarnent maintenant cette philosophie. Jody Wilson-Raybould a d’ailleurs indiqué, devant des partisans réunis pour le point de presse, qu’elle avait reçu de nombreux messages quant à l’importance de faire de la politique différemment. Elle et sa collègue Philpott ont été des victimes de la suprématie de l’intérêt partisan sur les convictions des députés. L’électorat, selon Mme Wilson-Raybould, commence à en avoir assez de cette façon de faire de la politique.

Les deux femmes, qui entretiennent une amitié sincère et solide, ont privilégié l’intégrité à la loyauté. En annonçant leurs intentions pour les élections d’octobre prochain, elles ont aussi renoncé à la tentation de marchander leur popularité pour servir les intérêts d’un autre parti. Elles disent souhaiter qu’il y ait davantage de candidatures indépendantes. Il est vrai qu’on assiste à de plus en plus d’épisodes décevants des effets de la politique partisane.

L’affaire SNC-Lavalin a donné à Jody Wilson-Raybould et à Jane Philpott une notoriété nationale, une forte présence médiatique et, disons-le, un énorme capital de sympathie. Cela constituera certainement un avantage dans la prochaine campagne électorale. Déjà lundi, des électeurs de Vancouver–Granville disaient qu’ils ne voyaient pas d’un bon œil les tentatives de faire taire des lanceurs d’alerte. En clair, cela signifie que l’image de victime intègre colle encore à Jody Wilson-Raybould et cela pourrait très bien la servir dans sa quête de réélection.