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Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Dany Turcotte
Dany Turcotte

Même le fou du roi a dû abdiquer

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ÉDITORIAL / Les semaines se suivent et se ressemblent. Quand ce ne sont pas des élus qui expriment leur ras-le-bol des insultes, des menaces et des commentaires désobligeants sur les réseaux sociaux, ce sont des artistes qui lancent la serviette en évoquant un tel tourbillon pour justifier, même partiellement, leur départ.

Dany Turcotte, célèbre «fou du roi» de Tout le monde en parle, a annoncé jeudi qu’il quittait l’émission. Il dit avoir été perturbé par ces tempêtes sur les réseaux sociaux, la plus récente étant en lien avec une blague maladroite destinée à Mamadi Camara, invité à l’émission dimanche dernier. Une blague douteuse, qui a raté sa cible. Mais rien de moralement répréhensible, d’autant plus que l’invité lui-même dit ne pas avoir mal pris cette tentative d’humour.

Mais il n’en fallait pas plus pour que les commentateurs compulsifs s’enflamment sur les réseaux sociaux. Entre le fait de critiquer une blague qu’on juge déplacée et le fait de réclamer la tête de Dany Turcotte parce qu’il est le pire des incompétents, qu’il est usé, fini, pas drôle, méprisant, has-been, grande folle et j’en passe, il y a un monde.

Tout cela – et bien d’autres choses encore, aussi gratuites et grossières – a été publié sur les réseaux sociaux, là où tout le monde se croit tout permis. Là où tout le monde semble pris d’un besoin irrépressible de commenter, même en étant bête et méchant.

Critiquer des propos ou des idées de façon respectueuse est certainement quelque chose de souhaitable. Mais quand, par exemple, on dépasse les limites du débat civilisé pour s’en prendre à des personnes, à leurs valeurs, à leurs allégeances, à leur façon de s’exprimer, à leur différence, à leur statut ou à leur apparence physique, c’est inacceptable.

Dany Turcotte n’est pas la première et n’est pas la seule victime des commentaires sur les réseaux sociaux. Au cours des derniers mois, de nombreux élus municipaux ont aussi déploré la recrudescence de commentaires hargneux et de menaces à leur endroit. Il y a un parallèle à faire. C’est dans l’air. Et ça ne fait aucune discrimination. C’est un virus aussi insidieux qu’un autre qu’on commence à bien connaître.

Des villes ont récemment adopté une déclaration d’engagement et de respect pour valoriser la démocratie municipale et pour consolider le lien de confiance entre les citoyens et leurs institutions démocratiques. Mais on fait très peu de cas de l’absence d’engagement moral dans l’autre sens: celui des électeurs envers leurs élus, leurs institutions. On veut contrer la communication toxique mais on laisse en plan un des interlocuteurs.

Les dernières années, et les derniers mois de façon peut-être encore plus marquée, ont exacerbé une sorte de culture de l’outrage, une volonté malsaine de démontrer qu’on peut s’insurger. On a vu s’installer une agressivité ambiante, une intolérance généralisée. C’est tout de même étrange parce qu’en même temps, on a aussi vu apparaître une rectitude politique exagérée, jumelée à ce qui semble être une indignation chronique contre tout ce qui pourrait ressembler à une offense, réelle ou inventée.

Quelle que soit la perception qu’on a de Dany Turcotte ou de son utilité sur le plateau de Tout le monde en parle, son départ est regrettable. En abdiquant, il donne raison au pouvoir néfaste des médias sociaux, à un petit groupe de personnes parfois confuses ou ignorantes, qui n’ont jamais assimilé les valeurs du respect, de la civilité et de la tolérance ou qui les abandonnent volontairement.

On a beau tenter de se convaincre que le phénomène n’est pas aussi monstrueux qu’il en a l’air, que pour chaque commentaire blessant, menaçant ou intimidant, il y a des milliers de silencieux qui trouvent ça inquiétant mais qui ne l’expriment pas. Mais quand on voit des figures publiques tomber à cause de cette vindicte populaire, on ne peut que constater l’ampleur et le caractère terrifiant du phénomène.