Martin Francoeur

Mauvaise semaine pour Trump

ÉDITORIAL / Ça commence à sentir la panique dans l’entourage du président des États-Unis, Donald Trump. Les mauvaises nouvelles s’accumulent depuis quelques semaines et semblent avoir atteint leur point culminant au cours des derniers jours: deux décisions de la Cour suprême allant en contradiction avec les politiques du président, un livre assassin de l’ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton, une dérive haineuse dans des publications sur les réseaux sociaux et des sondages qui n’en finissent plus de creuser l’écart entre lui et le candidat démocrate Joe Biden. Tout cela dans un contexte marqué par une gestion complètement décousue de la pandémie.

Dommage qu’on ne soit pas à la fin octobre plutôt qu’à la mi-juin. L’élection n’aura lieu que le 3 novembre prochain, mais déjà plusieurs observateurs voient le président Trump engagé sur une longue pente descendante. De plus en plus de républicains prennent leurs distances du président qui met en branle sa campagne pour être reconduit dans ses fonctions.

Le plus récent coup spectaculaire est venu jeudi de la Cour suprême, pourtant à majorité conservatrice. Dans une décision rendue à cinq juges contre quatre, la Cour a statué que le programme de protection dont bénéficient 700 000 jeunes migrants qu’on appelle aussi les «Dreamers» devait être maintenu. Le président Trump souhaitait abolir le statut accordé par l’administration de son prédécesseur, Barack Obama, à ces migrants arrivés clandestinement aux États-Unis lorsqu’ils étaient enfants. La majorité des juges a plutôt conclu que la volonté de l’administration Trump de supprimer le programme DACA (pour Deferred Action for Childhood Arrivals) était «capricieuse» et «arbitraire». Ou si on préfère: politique.

C’est un sérieux revers pour Trump, qui pensait sans doute qu’avec une majorité de juges à tendance conservatrice, la Cour suprême allait être son alliée dans certaines batailles juridico-politiques.

Lundi, le plus haut tribunal du pays avait frappé aussi fort avec ce jugement, rendu cette fois à six contre trois, qui concluait que la loi fédérale interdisant la discrimination fondée sur le sexe protège également les employés LGBTQ. Ceux-ci ne peuvent donc pas être congédiés en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Là encore, c’est une rebuffade pour Trump, qui s’était opposé à cette interprétation étendue.

«Avez-vous l’impression que la Cour suprême ne m’aime pas?», a tweeté le président en dénonçant ces décisions. Ses partisans acquiesceront sans doute, mais la réalité, c’est que la Cour suprême préfère être loyale à la Constitution plutôt qu’à un homme. Ça, c’est plutôt rassurant.

Comme si ce n’était pas assez, l’ex-conseiller à la sécurité nationale a donné une série d’interviews en marge du lancement de son livre explosif. John Bolton a affirmé qu’il ne pense pas que Donald Trump soit apte pour la fonction de président et qu’il n’a pas les compétences pour occuper ce poste. Certaines révélations s’annoncent explosives et dévastatrices.

Ajoutons à cela cet étrange épisode d’utilisation du triangle rouge inversé – un symbole autrefois utilisé par les nazis pour identifier les dissidents politiques dans les camps de concentration – dans des publications sur les réseaux sociaux. Facebook les a supprimées parce que l’utilisation de ce symbole viole la politique contre la haine organisée. Ces messages, lancés sur la page de Trump mais aussi sur celle de sa campagne et sur celle du vice-président Mike Pence, dénonçaient les émeutiers d’extrême gauche et invitaient à signer une pétition pour que le mouvement antifa soit désigné comme une organisation terroriste.

Enfin, comme cinq ou six mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules, Trump traîne la patte dans tous les plus récents sondages, maintenant par une dizaine de points derrière Joe Biden. Dans les États où l’élection va se jouer (Pennsylvanie, Michigan, Floride, Caroline du Nord, Arizona et Wisconsin), le candidat démocrate le devance.

Ça regarde mal pour Donald Trump. Et sûrement un peu mieux pour les États-Unis.