Mairie trifluvienne: le juste équilibre

ÉDITORIAL / Les quatre candidats à la mairie de Trois-Rivières se sont succédé au Nouvelliste, la semaine dernière, pour se soumettre aux traditionnelles entrevues éditoriales. Un exercice à la fois essentiel et fort instructif.

Difficile de couronner un grand gagnant à la suite de ce processus démocratique. À une exception près, ils peuvent tous aspirer sans gêne au poste laissé vacant par Yves Lévesque. Personne n’étant contre la vertu, tout ce beau monde veut régler le problème de la main-d’œuvre, avoir une ville plus verte, repenser un système de transport en commun déficient, avoir un Train à grande fréquence, un aéroport digne de ce nom, un meilleur réseau cyclable, plus d’asphalte dans la rue, moins de glace sur les trottoirs et un déficit de plus en plus bas.

Alors, qui choisir? Chacun a ses qualités, ses défauts. Jean-François Aubin est clairement le plus expérimenté. Jean Lamarche incarne le mieux la continuité. Éric Lord a de l’expérience en gestion et en représentation. Et Pierre-Benoît Fortin? Disons qu’il est le plus tenace...

C’est peut-être la toute dernière question posée aux candidats lors de ces entrevues éditoriales qui peut faire la différence à la fin. «Considérez-vous que le prochain maire sera le 15e membre du conseil ou qu’il aura un rôle bien à lui?», leur a demandé notre journaliste Paule Vermot-Desroches.

Tous les candidats ont fait preuve d’une extrême prudence en répondant à cette question. Presque à l’unisson, ils ont parlé de «dialogue», de «concertation» et de «travail d’équipe». On le sait maintenant, les conseillers de Trois-Rivières veulent majoritairement faire un trait sur le passé et miser sur l’unité et la collégialité. Visiblement, les candidats en sont conscients. Doivent-ils pour autant adopter à tout prix cette même philosophie? La réponse est non.

On le répète, il n’y a absolument rien de mal à prôner la consultation et à chercher la bonne entente. Mais il y a des limites et le nouveau maire devra être en mesure de trancher lorsque les discussions ne vont nulle part ou que les projets n’ont pas leur raison d’être.

Prenons l’exemple de Vision zéro. Un maire bien en selle aurait le réflexe de jeter littéralement ce projet à la poubelle pour ramener le débat à l’essentiel: assurer la meilleure sécurité qui soit aux endroits stratégiques (écoles, pistes cyclables, traverses piétonnières) et être à l’écoute des citoyens qui signalent des endroits dangereux. Mais, visiblement, certains conseillers ne lâchent pas le morceau. Au risque de laisser passer leur amour propre avant le gros bon sens. C’est là qu’un maire a le devoir de ramener tout ce beau monde à l’ordre. La consultation ne sert à rien si elle mène à l’immobilisme, à l’acharnement et à la perte de temps et d’argent.

Yves Lévesque n’avait pas peur de trancher. Pas assez parfois. Il en a payé le prix. Les «réunions secrètes» de conseillers avaient d’ailleurs le but de l’isoler pour le pousser vers la sortie. Usé par toutes ces années à se battre notamment contre le Groupe des 7, il n’a tout simplement pas eu la force de remonter dans l’arène.

C’était de bonne guerre de la part d’un conseil revigoré par sa majorité qui ne voulait plus s’en laisser imposer par Yves Lévesque. Il ne faut cependant pas que cette pratique devienne une pratique courante. On peut se réunir pour peaufiner certains dossiers; pas pour isoler ou punir systématiquement quelqu’un qui n’est pas d’accord avec nous.

Le nouveau maire devra avoir la force de se tenir debout devant ce genre de manipulations, si elles se reproduisent évidemment. Ce qui est loin d’être impossible quand on voit les égos qui animent actuellement le nouveau conseil.

Est-ce que Jean-François Aubin, que l’on sait proche de plusieurs conseillers, peut assurer ce fragile équilibre entre la consultation, la saine bataille des idées et la nécessité d’aller de l’avant? Éric Lord et Jean Lamarche, peut-être moins «redevables» envers des membres actuels du conseil, peuvent-ils mieux s’affranchir d’une philosophie déjà établie? Aux citoyens d’en décider.