Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Peter MacKay
Peter MacKay

MacKay donne le ton à la course

ÉDITORIAL / L’annonce de la candidature de Peter MacKay à la direction du Parti conservateur du Canada vient en quelque sorte donner le véritable coup d’envoi à la course visant à trouver un successeur à Andrew Scheer. Il est le premier aspirant ayant de sérieuses chances de l’emporter à se déclarer candidat. Mais c’est une course quelque peu surréaliste qui semble se dessiner.

Le nom de Peter MacKay circulait beaucoup depuis l’annonce, en décembre dernier, du départ d’Andrew Scheer. En fait, son nom circule depuis des années. Son annonce sur Twitter n’avait pas grand-chose de surprenant. Il faut se rappeler que c’est lui qui était à la tête du Parti progressiste-conservateur du Canada au moment où ce parti a fusionné avec l’Alliance canadienne, en 2003. Pas étonnant de l’avoir vu occuper d’importantes fonctions ministérielles dans les gouvernements de Stephen Harper.

C’est donc une grosse pointure dans la course conservatrice.

Mais il sera intéressant de voir qui d’autre, parmi les aspirants potentiels et parmi ceux qui se disent en réflexion, fera également le saut. La seule à avoir annoncé sa candidature est la députée de Sarnia-Lambton, Marilyn Gladu, qui demeure peu connue du public. Déjà, la rumeur veut que Rona Ambrose, qui avait brillé comme chef intérimaire du parti, ne sera finalement pas de la course. On attend donc des nouvelles des autres candidats pressentis.

Parmi eux se trouve Jean Charest, qui a amorcé sa carrière politique au fédéral, sous Brian Mulroney. Il était un des deux seuls survivants progressistes-conservateurs à la vague libérale de 1993. Mais l’homme, qui est pourtant une redoutable bête politique et qui aura dirigé trois gouvernements libéraux au Québec comme premier ministre, ne fait toujours pas l’unanimité.

Jean Charest est toujours visé par une enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur les liens entre le financement politique du PLQ et l’octroi de contrats publics. L’enquête, amorcée il y a cinq ans, n’est toujours pas conclue.

Mais même s’il n’y a présentement aucune accusation contre lui, les considérations éthiques pourraient avoir raison de la candidature de Jean Charest. Les conservateurs ne veulent pas d’un candidat dont le nom a été associé à du financement controversé et encore moins à un candidat ayant fait l’objet d’une enquête criminelle.

C’est peut-être ce qui a fait sortir l’ex-premier ministre Stephen Harper de sa relative torpeur. Il vient d’ailleurs de démissionner du conseil d’administration du fonds du Parti conservateur, vraisemblablement dans le but d’avoir les coudées franches pour contrer l’éventuelle candidature de Jean Charest. M. Harper pourrait appuyer la candidature de Pierre Poilievre, beaucoup plus à droite et reconnu pour sa pugnacité et pour sa promptitude à aller au front, qui n’a toutefois rien confirmé jusqu’à maintenant.

Pas plus, d’ailleurs, que Michelle Rempel, Erin O’Toole, Gérard Deltell, Michael Chong ou Vincent Guzzo, dont les noms flottent encore.

Et que penser, enfin, de cette réflexion dans laquelle se dit plongé le Trifluvien Dominic Therrien, qui a porté les couleurs conservatrices dans Trois-Rivières à l’élection de 2015? Rien, si ce n’est que l’homme veut simplement laisser savoir qu’il est toujours prêt à servir ce parti. Une candidature à la direction du parti serait certainement perçue comme prématurée par l’establishment qui croit réellement que le parti pourrait former le prochain gouvernement.

Mais c’est toujours bon de laisser flotter son nom. Ça permet certainement de prendre la température de l’eau. C’est d’ailleurs exactement ce que fait Jean Charest ces temps-ci. Il devra faire connaître ses intentions, s’il y en a, d’ici le 27 février.

On ne peut pas dire encore sans se tromper que la course à la succession d’Andrew Scheer sera enlevante. Mais il y a maintenant de fortes chances qu’elle ne soit pas ennuyante.