Réal Normandin, maire de Saint-Édouard-de-Maskinongé.

Lutter contre la «médiaphobie»

ÉDITORIAL / Il paraît que la rencontre de consultation qui s’est tenue à Saint-Édouard-de-Maskinongé mardi soir concernant la situation de la municipalité et les perspectives de développement s’est bien déroulée. Il paraît. Parce qu’il n’y a pas de moyen de valider cette impression qui est celle du maire de la place, Réal Normandin. Le monsieur ne voulait pas que les journalistes puissent assister à cette rencontre publique.

Il y a encore de l’éducation à faire auprès de certains de nos élus pour leur apprendre ce qu’est le droit du public à l’information.

Rappel des faits. Le maire et le conseil municipal de Saint-Édouard-de-Maskinongé ont décidé, dans la foulée de la fermeture du zoo de l’endroit, de convoquer une assemblée de consultation visant à recevoir des propositions pour aider au développement de la localité. C’est vrai que pour une municipalité de 731 habitants, la fermeture du seul véritable attrait touristique est préoccupante et il y a lieu de se retrousser les manches pour décider de ce qui peut et de ce qui doit être fait. L’idée était louable et pertinente.

Mais le maire a décidé que la rencontre publique allait en fait être privée. Pas question d’y accueillir des résidents d’autres municipalités. Et surtout pas question d’y laisser entrer des journalistes. Trop intimidant pour les personnes présentes, justifie-t-on.

Le maire voulait que les personnes présentes soient à l’aise de s’exprimer, qu’elles aient le sentiment d’être entre elles. «On règle nos affaires ensemble. Ça concerne la municipalité, ça se règle dans la municipalité», a tranché le maire. Mais surveillez bien l’empressement avec lequel ce même maire invitera les journalistes lorsqu’une entreprise ouvrira ses portes à Saint-Édouard ou qu’une subvention gouvernementale permettra la construction d’un préau. Là, ce ne sera plus que des affaires qui concernent la municipalité. On voudra, évidemment, que tout le monde soit au courant.

C’est deux poids, deux mesures. On prend les journalistes juste quand ça fait notre affaire. Il y avait environ 70 personnes à la fameuse assemblée de consultation de mardi soir. Peut-être qu’avec quelques journalistes présents, on aurait pu rejoindre et informer adéquatement une partie des quelque 90 % d’habitants de Saint-Édouard qui n’étaient pas présents à la rencontre.

Mais non. Tout ce qu’il y a à dire, c’est que cette soirée a été «super bonne», selon le filtre du maire. On est ici dans le domaine des relations publiques et non de l’information.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec, section Mauricie et Centre-du-Québec, a rapidement réagi à l’interdiction de la présence de journalistes pour cette rencontre. La FPJQ rappelle, avec raison, que cette séance publique d’information a été convoquée par une instance publique, dans un lieu public. Restreindre l’accès aux représentants de la presse va évidemment à l’encontre des principes de transparence et d’esprit démocratique qui doivent être véhiculés par les autorités municipales. Mais cela constitue aussi une atteinte à la liberté de presse et au droit du public à l’information. Cela révèle, surtout, une incompréhension profonde du rôle des médias.

La décision des autorités de Saint-Édouard n’est malheureusement pas un cas isolé. Récemment, des rencontres ont eu lieu dans quelques municipalités avec des représentants du ministère de la Sécurité publique dans le but d’informer les citoyens du programme d’aide aux sinistrés du gouvernement du Québec. Des municipalités de la Beauce ont interdit aux journalistes d’assister à ces rencontres. En 2017, les villes de Shawinigan et de Trois-Rivières avaient exclu des journalistes de rencontres citoyennes d’information au sujet des inondations. Trois ans plus tôt, même scénario lors d’une rencontre citoyenne dans le secteur Saint-Georges, à Shawinigan.

On a l’impression que l’histoire se répète, tristement. De telles rencontres n’ont pas le même cadre que les assemblées publiques du conseil municipal, mais elles nécessitent certainement une couverture journalistique rigoureuse et respectueuse pour que le public puisse être adéquatement informé.